Un sujet intéressant qui se déroule dans l’enclave espagnole de Melilla, confrontée aux tentatives régulières d’entrée de migrants africains. Elle est située dans le Rif marocain, à proximité de Nador et appartient à l’Espagne depuis 1497. C’est aussi dans cette ville, qui faisait partie du protectorat espagnol au Maroc (depuis 1912), qu’a débuté la guerre civile espagnole le 17 juillet 1936. Le point de départ est celui d’un ingénieur, Alberto, en couple (sa femme a des difficultés à être enceinte), qui va restaurer la maison de sa mère décédée, mais qui est licencié économiquement : il doit « s’expatrier » et travailler à son compte pour l’organisme chargé de renforcer la fiabilité de la double clôture (6 m de haut sur 12 km) isolant Melilla du Maroc. Mais pourquoi avoir choisi un homme d’une mollesse extrême, qui ne râle pas, ne se révolte pas, subit les choses (
leitmotiv de la fuite persistante du climatiseur de sa chambre d’hôtel
) et n’ayant pas d’avis sur beaucoup de sujets (malgré l’interprétation tout en retenue de Vito SANZ). D’où un film lent, caractérisé par une absence de dramaturgie forte et où le spectateur se demande seulement si Alberto va coucher avec la policière Nago (Anna ALARCÓN) qui l’accompagne dans ses déplacements [
et ne mâche pas ses mots sur la situation des migrants et les autorités espagnoles fermant les yeux, à la façon du capitaine Louis Renault (Claude Rains) dans « Casablanca » (1942) de Michael Curtiz
] et acheter une voiture pour rentrer à Madrid via Malaga. Quel suspense ! Sans oublier la fin, très « bisounours ». Un tel sujet aurait dû être traité façon Ken Loach ou comme un thriller. Il reste deux scènes intéressantes (matière à un court métrage, plus efficace) mais qui ne sauvent pas le film : celle du restaurant
où Nago rabroue un clandestin vendeur de babioles
et celle de la rencontre d’Alberto avec son prédécesseur, convaincu que les murs, depuis la nuit des temps, n’arrêtent pas les migrations, d’autant que l’Europe est constituée de vieux et l’Afrique de jeunes.