Dimanches
6.8
Dimanches

Film de Shokir Kholikov (2023)

De là-bas je vois la mer asséchée, soupirant aux sons des sirènes

Film étonnant et subtil qui s'enfreint de tester les limites d'un monde fini.


Un couple débarque en voiture dans la maison natale sans toit : le ton est donné d'emblée, il s'agit de sauver les débris d'un monde ancien, plongeant le spectateur dans un espace temps restreint mais riche en surprises.


Commence alors un cycle, ô combien dramatique ou douloureux, où se mêlent les rencontres avec un fils parti en ville gagné sa vie, et les fausses rencontres avec un autre fils voué à se marier à une bru en attente, qui vit à la manière des vieux amoureux, en vain. Les objets mondialisés se transposent un à un dans ce vieux monde nostalgique.


Le film aurait gagné à se départir encore plus de la lourdeur que provoque ces changements de mode de vie pleins de succédanés n'effaçant pas la douleur d'un monde en déperdition.

D'abord une télévision, sûrement l'adaptation la plus douloureuse selon le fils, puis un four neuf au gaz, un frigo qui ne fait plus de bruit, un téléphone portable tactile qui provoquera une mort incertaine.


Les dimanches se succèdent en filigrane, sans savoir ce que font exactement les protagonistes ces jours-ci, seul le premier avec l'embarquement se montre clair et décisif, ainsi que le dernier avec le décès d'un des deux protagonistes. La force du film réside dans ses moments suspendus à eux-mêmes, qui, au-delà de la dureté apparente de ce mode de vie, parvient à se détacher du binarisme ambiant où l'essentiel réside dans le jugement tranché, ici entre modernité et tradition.

La mère le souligne quand elle annonce que le smartphone est peut-être le changement de trop, la vitesse de la modernité est transcendante alors même que les scènes de filage, de maçonnerie et de bruits nécessaires pour s'endormir et échapper à la contingence de la nature.


Le scénario s'attache à planter le décor de manière immanente réservant les moments de grâce à l'usage des éléments : le feu est une menace mais un allié, l'eau rappelle la fluidité des modes de vie traditionnelles, l'air est empli de fraîcheur, de chaleur et de douceur, et enfin la terre est celle de la natalité et des liens familiaux universels.



C'est aussi réussite d'un point de vue formel, les images sont propres malgré la fermeture du huit-clos ouvert, le rythme est multiforme malgré la lenteur pour l'oeil occidental, la multiplicité des plans (travelings, dézooms, cuts) affirme la diversité de cette société hors du temps.



Myxnos
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le 22 avr. 2025

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