Hollywood en a déjà eu des idées complètement saugrenues, mais celle-là, personne ne l’avait vue venir. Adapter le dessin animé, déjà bien improbable, Dora l’Exploratrice en film live, absolument personne n’aurait pu le prédire. La première question qu’on se pose, c’est « Pourquoi ? ». Oui, pourquoi adapter ça… Et tous les parents ont le poil qui se hérisse rien qu’à entendre le mot « Dora » après avoir subi en boucle à la maison des répliques telles que « Chipeur, arrête de chiper ! », « Sac à dos sac à dos… sac à dos sac à dos… » ou encore « Dora Dora Dora l’Exploratrice, Babouche et Dora les copains sympas ». Aaaaaaaaaaaaaah mes oreilles saignent encore ! Mais voilà, Hollywood l’a fait. Et dès la première bande annonce, il fallait que je voie ce film. Curiosité malsaine peut-être, je ne sais pas. Une chose est sûre, il fallait exorciser toutes ces voix qui hantent encore mon cerveau (saleté de mioches !). Et puis, le trailer annonçait quelque chose de tellement improbable que, ne serait-ce que pour se moquer, je me devais de le regarder. Je suis maso, je sais. Le résultat est aussi improbable que l’était mon attente : Dora et la Cité Perdue est 100 fois plus honnête que bon nombre de blockbusters qui abreuvent nos écrans de cinéma. Alors je ne sais pas si c’est grave, je m’en fous à vrai dire, mais contre toute attente, je peux l’affirmer haut et fort, sans honte, sans trembler des genoux : j’ai passé un bien meilleur moment devant ce Dora que devant les derniers Marvel / DC.


Pour les quelques-uns qui n’auraient pas entendu parler du phénomène, Dora l’Exploratrice est un dessin animé diffusé entre le 14 août 2000 et le 9 août 2019 sur la chaine Nickelodeon aux États-Unis. Pas moins de 177 épisodes repartis en 8 saisons. Chez nous, c’est TF1 qui s’est chargé de multidiffuser ça sur ses chaines. Dora Marquez, petite fille de 8 ans, a reçu un sac à dos magique et une carte douée de parole. Dora va vivre de folles aventures, accompagnée de son fidèle compagnon Babouche, un singe, tout en aidant ses amis Vera ou encore Totor. Mais Chipeur le fourbe renard sera toujours là pour les embêter. Le programme, qui s’adressait à un très jeune public, avait pour but, en plus de les amuser et les faire rire, d’apprendre à nos chers bambins les langues étrangères (l’espagnol aux USA, l’anglais / le français / l’espagnol chez nous). Une série parallèle, Go Diego, mettant en vedette Diego, le cousin de Dora, a également vu le jour le temps de 77 épisodes.
Voilà, vous savez tout ou presque d’un des dessins animés les plus énervants pour tout parent normalement constitué ayant un enfant normalement constitué qui a regardé Dora en boucle à une période de sa tendre enfance. Oui, la vie de parent est rude et semée d’embuches. Dora était l’une d’entre elles. Combien de mamans ont eu envie d’égorger Dora après l’avoir poignardée d’une bonne demi-centaine de coups de couteau… Combien de papas ont eu envie de prendre Babouche et de le carrer au fond de la gorge de cette grosse conne de Dora jusqu’à ce que mort s’en suive et qu’enfin elle se taise… Mais Hollywood l’a fait, et d’entrée de jeu, avant même que le film commence, un texte nous fait bien comprendre qu’il ne faut pas que nous, adultes, prenions ça très au sérieux. Car oui, Dora est un film d’aventures pour enfants, mais rempli de second degré et d’auto-dérision pour les adultes. Un film qui s’assume comme tel, et qui en exagère les traits.


Le film commence par le thème du dessin animé. Oui, directement, en guise d’introduction. Ça pourrait être rude mais étonnement, on sent que ça va respirer la légèreté. Et rapidement, on se rend compte que tout ce qui est dans le dessin animé, on va le retrouver dans le film. Le sac à dos, la carte qui parle, le renard Chipeur qui doit vraiment arrêter de chiper, le cousin Diego… Mais tout y est complètement décalé, burlesque souvent même, à la limite de la parodie. Lorsque l’héroïne rompt le 4ème mur pour s’adresser au spectateur, comme dans le dessin animé où ce gimmick revenait très régulièrement au point qu’on se demandait si ça ne prenait pas trop nos enfants pour des glands, c’est ici détourné avec le mot « neurotoxicité ». Le film se moque également du fait que le dessin animé est farci de chansons bien niaises, avec des personnages qui sont sans arrêt en train de dire à Dora de ne surtout pas chanter ses chansons à la con. Le renard Chipeur et le singe Babouche sont en CGI au look très cartoon pour bien trancher avec le reste du film afin de bien rester des personnages de dessin-animé, tout comme les bruitages qui les accompagnent. L’apothéose de cet hommage parodique étant atteint lorsque les personnages, après avoir sniffé à leur insu des spores hallucinogènes, se retrouvent à voir le monde qui les entoure en dessin animé, avec le même design que celui qui a fait les heures de gloire de Nickelodeon 19 ans durant. Un peu comme si on voulait nous faire comprendre qu’il fallait être complètement drogué pour inventer un dessin animé pareil ou pour arriver à le supporter lorsqu’on est parent.


Il est clair que Dora et la Cité Perdue est un film sans envergure. Mais il n’a de toute façon aucune autre prétention que de divertir les enfants. Son but est d’être une sorte d’Indiana Jones pour les plus jeunes, où Dora serait une Lara Croft en herbe. Voire, une sorte de Goonies des années 2010 (oui, j’ose la comparaison). Et je pense que le film a été pensé ainsi. On est clairement plus proche du dernier Jumanji que du dessin animé Dora, et ce malgré le respect du matériau d’origine. Les jeunes enfants (6/12 ans) y verront là une bobine pleine d’aventures ; les adultes s’attarderont sur le second degré que seuls eux pourront voir. Le film se moque pas mal de lui-même car tout le monde est conscient de ce qu’il est en train de faire. Qui dit film pour enfants dit scénario bien bateau (oui, c’est souvent le cas), plein de bons sentiments, et bien entendu, des méchants très très méchants, car il faut que le manichéisme soit encore plus prononcé qu’en temps normal. Mais aussi des moments qui pourront paraître gênants pour certains adultes qui accompagneront leurs enfants dans le visionnage, voire malaisant, en fonction de la manière dont ils vont appréhender le film. Car oui, la chanson sur le caca, c’est une minute assez difficile à vivre quand on n’a plus 8/10 ans… Mais néanmoins, film pour enfant ou pas, les facilités scénaristiques, volontaires, sont drôles et vont permettre quelques crises de fous rires.


Le réalisateur James Bobin (Les Muppets Le Retour, Alice de l’Autre Côté du Miroir) n’a beau être qu’un Yes Man pur jus, il arrive pourtant à faire quelque chose qui tient la route à partir d’un matériau de départ complètement casse gueule. La mise en scène de son film est sincèrement de bonne tenue. Même si certains décors studios sonnent un peu faux, les décors naturels sont de toute beauté (le tournage a eu lieu en Australie). Il en est de même en termes de CGI. Même si certains font un peu vieillots, l’ensemble se tient et nous propose un spectacle visuellement très agréable. James Bobin ne succombe pas à la facilité de faire de son héroïne un personnage ultra sexy et préfère le côté sans aucune sexualité de Dora (sans doute afin de ne pas créer le malaise dans un film pour jeunes enfants). Dora représente la positive attitude, vierge de toute pollution urbaine, naïve, empathique, toujours souriante et énergique, et c’est via son personnage que seront passés tous les bons sentiments à transmettre à nos chères têtes blondes. On va suivre ses aventures dans son lycée, puis dans la jungle, sans aucun temps mort, en se posant parfois la question si ce qu’on est en train de regarder est lamentable ou si on frôle le génie. On se remémore les nombreuses critiques négatives vues un peu partout sur la toile ; on se rend compte qu’on est en train d’apprécier le spectacle en le prenant pour ce qu’il est réellement. Qui est dans le vrai, qui est dans le faux, il n’y a réellement pas de réponse à cette question. Mais une chose est sûre, c’est que Dora et la Cité Perdue est une bonne conclusion à cette série qui aura fêté cette année ses 19 ans.


Contre toute attente, Dora et la Cité Perdue est un film plus qu’honorable. C’est un film d’aventures certes réservé aux très jeunes enfants, mais qui est assez malin dans son second degré et dans son côté parodique pour ne pas donner envie aux parents d’aller dépecer des bébés phoques.


Critique originale : ICI

cherycok
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le 31 janv. 2020

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