Douze Hommes en colère par Hitsu
Douze hommes en colère, un film simple mais fabuleux dont tout le monde a déjà vanté les mérites. L'idée du huis clos est géniale et donne une toute autre atmosphère au film, aidée par la sublime mise en scène, de plus en plus étouffante. L'intrigue est très simple: Est-il possible que l'accusé soit innocent? mais au-delà de cette question, une autre va se poser: Comment pensent et vivent les individus blancs, correctement intégrés à la société américaine de l'époque? Je précise blancs et correctement intégrés car, vous l'aurez compris, les jurés sont blancs mais ont également un emploi et semblent respecter les codes de la société, comme nous le laissent voir leur allure et leur comportement. Cependant, la mixité sociale des personnages reste importante, les âges et les emplois varient beaucoup et c'est cela qui va donner sa beauté au film. La manière de penser et de vivre des personnages va se ressentir à travers leurs raisonnements et leur manière d'aborder le procès, de façon générale. On passera ainsi en revue l'individualiste pressé et peu soucieux du destin d'autrui, l'humaniste consciencieux ou encore l'ancien raciste.
Un autre élément très intéressant du film se situe dans la manière de convaincre de Fonda. Il ne va jamais réfuter directement les idées des autres jurés afin d'éviter une bataille d'égos dans laquelle chacun maintiendrait sa position sans donner d'importance aux arguments de l'autre. Au contraire, il se montre poli, calme, peu sûr de lui et même faible, au début. Il ne fait que glisser quelques suggestions que les autres vont interpréter. Puis, au fur et à mesure que les autres vont basculer de son côté, il va développer une véritable ligne de défense qui va consister à rappeler que la simple présomption d'innocence doit suffire à voter non coupable. Encore une fois, cela va lui permettre de ne pas attaquer l'égo des autres jurés et de garder la discussion raisonnée, en ne niant pas le fait que beaucoup d'éléments plaident en la défaveur de l'accusé. Là encore, la remise en cause de ces éléments se fait progressivement, avec courtoisie, Fonda ne s'énervant à aucun moment, haussant la voix tout au plus. Il respecte, ainsi, toutes les règles de "manipulation" sociale afin de convaincre les autres (voir des ouvrages comme "Comment se faire des amis et influencer les autres?" de Dale Carnegie, trouvable en pdf).
En conclusion, la description d'une partie de l'Amérique de l'époque et le thème de la manipulation sociale, que je n'ai pas retrouvés dans beaucoup de critiques sont, pour moi, deux aspects capitaux de ce chef d'oeuvre.