En 2010, DreamWorks s'aventurait en terre viking pour sortir définitivement de la moyenne des studios d'animation courant après la magie du succès renouvelé de Pixar.
Ainsi, après avoir donné naissance à un panda aussi rondouillard que belliqueux, le petit pécheur sur son croissant de lune pousse une choyette nordique sur le devant de la scène, avec a priori la même thématique de l'apparence, celle de l'habit qui ne fait pas le moine.
Sauf que DreamWorks, avec Dragons, fait irruption sur un terrain bien plus difficile à maîtriser que la seule perfection technique, faisant toute l'originalité et le talent des petits gars à la lampe : l'émotion la plus pure. Celle qui irrigue de simples jouets pour en faire de véritables compagnons. Celle qui inonde les joues derrière une porte que l'on pense ne plus jamais pouvoir ouvrir. Celle qui, dans un prologue muet mélancolique, enlève l'amour d'une vie sur la pointe des pieds.
Et pour la première fois, DreamWorks peut légitimement s'énorgueillir. Parce qu'il réussit à tutoyer la perfection Pixar.
L'apparat et l'habillage sont déjà foisonnants : il n'y a qu'à jeter un coup d'oeil au bestiaire reptilien convoqué, des plus variés. Il n'y a qu'à se pencher sur la bande de potes, qui est immédiatement attachante dans ses facéties et ses prises de bec. Tout comme l'entourage et l'environnement d'Harold, fin, minutieux, riche, parfaitement rendu dans la gouaille, les textures, l'atmosphère.
Mais Dragons s'impose avant tout comme un récit sensible de l'enfance qui grandit, doublé d'une formidable histoire d'amitié.
Une histoire qui dépasse les carcans de l'origine et du déterminisme, de la nature et de la culture, en s'emparant des maladresses de la relation familiale entre Harold et Stoick, pour illustrer la difficulté d'être différent, de se montrer dignes des attentes, de ne pas décevoir. La difficulté de défier d'aller à contre courant des traditions bellicistes viking.
En s'emparant aussi d'une amitié touchante, tendre, merveilleuse. Naissant avec un sentiment de frayeur identique dans les yeux de Krokmou et ceux d'Harold. Avant que la méfiance ne s'efface lentement. Que la défiance ne se transforme peu à peu en confiance. Ces deux là se comprennent doucement, s'apprivoisent. S'apprennent. Et abolissent la frontière entre des mondes qui, jusque là, ne se sont jamais côtoyé autrement qu'en se détruisant.
Plus que par l'approche, le jeu, la compréhension mutuelle ou les mimiques irrésistibles d'un animal qui oscille entre félin, canidé et chauve souris qui ressemble presque trait pour trait au Stitch que Sanders et DeBlois ont développé pour Disney, Dragons transcende son argument de départ par un sentiment profond de communion.
Une communion qui culmine dans de vertigineuses scènes de vol, époustouflantes, dignes des prouesses 3D d' Avatar dans leur ivresse de l'altitude, le spectaculaire déployé, les sensations procurées. Mais surtout, ces scènes symbolisent, dessinent une amitié, une confiance réciproque où aucun ne domine ou ne possède l'autre. Krokmou et Harold volent ensemble, tout simplement, dans une pure harmonie dans laquelle l'homme, enfin, abdique son statut et se fond dans le flot de la nature. Une influence Miyazaki qui élève un peu plus encore Dragons au niveau des plus grands.
Et si le furieux et l'épique du climax assurent, s'il en était besoin, le spectacle, si la formidable musique de John Powell flatte l'oreille, Dragons restera très longtemps en mémoire pour l'évidence et la force de ce qui unit Harold et Krokmou, son pouvoir d'enchantement constant ou encore son message de préservation et de tolérance jamais asséné, jamais surligné. Mais il restera au firmament en ce qu'il a dépassé la seule perfection technique pour accéder à un cinéma d'animation à nul autre pareil : celui des sens et des sentiments.
Behind_the_Mask, reptile inutile.