Je suis partagé sur la deuxième partie de Dune de Denis Villeneuve. Je finis même par me demander s’il est possible d’adapter ce roman… Certes, c’est meilleur que le film de Lynch, ce dernier admettant lui-même son échec. Ce qu’il manquait dans cette première adaptation, c’était l’esprit dans lequel Frank Herbert avait entrepris cette longue saga. Il voulait, je crois, que le lecteur s’interroge sur l’accès au pouvoir, notamment lorsque ce pouvoir est lié à des croyances religieuses. Il s’agissait d’une mise en garde. Paul Atréides, au début, est une victime, victime du tyrannique et cruel Baron Harkonnen et aussi de l’Empereur, qui a utilisé ce dernier. Cela attire évidemment la sympathie du lecteur envers ce personnage en proie à l’injustice des puissants. Mais ce que dénonce le roman, c’est aussi la transformation de Paul au fur et à mesure qu’il accède au pouvoir. Si son combat contre ceux qui ont voulu l’anéantir et qui ont cruellement tué son père est juste, il régnera lui-même ensuite comme une sorte de tyran. Dès lors, le premier problème qui se pose c’est que l’histoire ne se termine pas avec la fin du premier roman : Il y a six volumes en tout qui constituent cette saga et Paul Atréides ne disparaît qu’à la fin du deuxième. Denis Villeneuve, lui aussi, s’arrête à la fin du premier volume mais il a davantage respecté et développé ce qui fait de cette saga plus qu’une aventure galactique, à savoir cette interrogation sur le pouvoir, ses liens avec le religieux, et aussi avec la notion de destin. Mais il a confié cette thématique, finalement, à un seul personnage, Chani, la concubine Fremen de Paul. Le problème est que la déception de Chani peut aussi bien être comprise comme un effet de sa jalousie amoureuse, ce qui vient brouiller le message.Par ailleurs, en dehors de Chani, les autres personnages du film manquent singulièrement d’épaisseur, quand ils ne sont par caricaturaux comme Stilgar, le chef Fremen interprété par Javier Bardem, qui est pourtant un bon acteur. Du coup, on a un peu de mal à se laisser embarquer. Tout cela parait si lointain… Certes, les décors, les paysages, les costumes, les trucages, tout cela est très bien fait, mais au détriment peut-être du traitement des personnages. Je ressors donc du cinéma avec un sentiment partagé, un peu déçu…