Fata Morgana, Leçons de ténèbres, La ballade du petit soldat, Gasherbrum...
En une certaine quantité ( et qualité ) de films le cinéaste globe-trotter Werner Herzog est parvenu à révolutionner le cinéma documentaire, lui offrant à chaque fois une dimension quasiment épique et poétique... à tel point que ces explorations, témoignages et autres reportages atteignent souvent la même excellence que certaines des fictions du réalisateur, tout en gardant de leur sève réaliste et de leur portée instructive.
Avec Echos d'un sombre empire Herzog redéfinit tout un pan de l'Histoire de la République Centrafricaine, s'attardant avec fascination sur la figure du dignitaire tyrannique Bokassa. Prenant comme narrateur un journaliste ayant survécu aux exactions dudit dirigeant Werner Herzog retrace le parcours d'une entité trouble, volontairement despotique et potentiellement barbare, véritable patriarche et redoutable mégalomane.
A la manière d'un Caligula, en grand admirateur de Napoléon Bonaparte Jean-Bédel Bokassa fut visiblement une personnalité de tous les excès : d'abord modeste soldat pour l'armée française il devint par la suite un homme politique notoire s'autoproclamant empereur, martyrisant les laissés-pour-compte en les emprisonnant voire pis. En effet l'anthropophagie de Bokassa demeure une réalité pour un bon nombre des intervenants du film, Werner Herzog dévoilant sans misérabilisme cet aspect tant discuté et controversé de la vie du président centrafricain.
De forme hétéroclite, puissamment accompagné de grande musique et souvent passionnant dans sa construction Echos d'un sombre empire tient parfois de l'élégie, ou du moins du poème filmique. Dense et doué d'emphase ce témoignage reste un incontournable herzogien totalement représentatif de son Cinéma : celui d'un Art capable d'embrasser le Monde et ses richesses tout en conduisant un niveau de lecture plus empirique et nettement concret. Un très grand documentaire.