Mon titre fait volontairement réfèrence à "L'enfance d'Ivan" de Tarkovski.
Les deux films ont beau traité du même sujet, leurs auteurs sont si différents qu'il est amusant de les comparer. A la poèsie de Tarkovski, Spielberg répond par son sentimentalisme. Aux travellings millimetrés du cinéaste Russe, il répond par des mouvements amples d'appareil. La campagne soviètique et ses forêts de bouleaux sont remplacés par les rues bondées de Shangaï passant ainsi d'un film minimaliste à une histoire de plus grande envergure. C'est d'ailleurs là que les routes se séparent et que les deux cinéastes retournent à leurs fondamentaux, l'art brut pour l'un, le divertissement pour l'autre.
Spielberg réalise une fresque de 2h30 tantôt intimiste, tantôt grandiose mais toujours à travers le même prisme, celui du regard de l'enfant. Thème si chère à tonton Steven, l'enfant est malmené comme rarement dans le reste de sa filmographie. Devant faire face à l'horreur, la peur et la terreur de la guerre, le jeune garçon n'en garde pas moins ses réflèxes d'enfant. Observant ce qui l'entoure avec candeur et curiosité au début, la maturité que prendra son regard par la suite fait frissonner. Le film joue très souvent sur ce paradoxe et certaines séquences en deviennent troublantes.
Que dire alors de Christian Bale, 13 ans, qui porte ce film sur ses épaules. Il est de chaque plan, dénote qu'à de très rares occasions, s'implique physiquement jusqu'à ce qu'on ait du mal à le reconnaître. En un mot ; suprenant.
On pourrait craindre un trop plein de mélo de la part du cinéaste américain mais il n'en est rien. La fin du film est de ce fait traitée sur un ton très juste. John Williams fait le job, grâce notamment au chant qui ouvre et clôture le film, la photographie sans être exceptionnelle parvient à créer quelques beaux moments et le reste du casting est loin d'être desagréable, John Malkovich en tête.
En fait, de mon point de vue, cet "Empire du Soleil" mérite un belle place au sein de la filmographie de Spielberg.