D'entrée,la définition du mot entropie nous est donnée:glissement inexorable de l'univers vers le désordre absolu,ce qui semble être une peinture exacte du monde actuel.Mais le film n'est pas aussi ambitieux et se contente de nous narrer la mauvaise tournure que prend la vie de Jake,jeune réalisateur de clips,notamment pour U2.Il est engagé par une grande firme hollywoodienne afin de mettre en scène un long-métrage.Mais ce qui paraissait être une formidable opportunité et le lancement de sa carrière va vite se transformer en un cauchemar sans fin.Il se retrouve aux prises avec un patron de studio glacial,des producteurs exécutifs intrusifs et malveillants,des vedettes capricieuses,un scénario pourri à réécrire,des problèmes de dépassements d'horaires,de dates et de budgets.Comme si ça ne suffisait pas,sa concentration est perturbée par son histoire d'amour naissante avec la belle Stella,un mannequin fantasque,ce qui torpille "Entropy".Alors qu'on croyait se diriger vers une insolente exploration des coulisses pas propres d'un tournage hollywoodien,Joanou préfère privilégier la radiographie d'une idylle compliquée mais sans originalité,avec pour résultat une sorte de romcom dépressive.C'est d'autant plus dommage qu'on sent dans le script de sérieux relents autobiographiques.Le personnage de Jake parait en effet être le double,quelque peu modifié évidemment,du réalisateur et scénariste Phil Joanou.Lequel a bien fabriqué des clips pour Bono et sa bande,et s'est même imposé au cinéma avec "U2,Rattle and Hum",un documentaire sur le célèbre groupe irlandais.Et,à l'instar de son héros,il a ensuite enchaîné sur de grosses productions policières,expériences plutôt douloureuses apparemment.A ce propos,on peut s'amuser à tenter de deviner quelles personnes réelles se cachent derrière les protagonistes du film.En ce qui concerne le duo de producteurs manipulateurs,on pense d'emblée aux frangins Weinstein,d'autant que la vedette féminine d'"Entropy" est Judith Godrèche,une des "victimes" du gros Harvey.Mais il se trouve que Joanou n'a jamais travaillé avec eux.Quant aux comédiens stars en couple à la ville comme à l'écran,plusieurs identifications sont possibles.Sean Penn et Robin Wright tout d'abord,que le cinéaste a dirigés ensemble dans "Les anges de la nuit" en 90.Mais il pourrait aussi s'agir de Kim Basinger et Alec Baldwin,que Joanou a fait tourner,mais séparément,la première dans "Sang chaud pour meurtre de sang-froid" en 92,et le second dans "Vengeance froide" en 96.A moins que ce ne soit un mix de tous ces gens et de tous ces tournages.Au final,le vrai thème du film est le contrôle,celui qu'on croit fallacieusement avoir sur des évènements qui la plupart du temps nous dépassent.Jake va successivement perdre la maîtrise de son boulot,de sa vie privée,puis de lui-même.Il était clean,il devient accro à l'alcool et au tabac,bizarre d'ailleurs qu'il n'y ait pas de drogue dans le tableau.Il avait l'air raisonnable,il se révèle irréfléchi et impulsif.Il se croyait solide et structuré,il verse dans les hallucinations et les accès de violence.On le pensait intelligent,il accumule systématiquement les mauvais choix et les décisions stupides.En fait,Joanou,qui parle sans doute en connaissance de cause,nous démontre à quel point un individu en situation de stress intense,peut rapidement,un peu trop rapidement même pour que ça reste crédible,perdre tous ses repères et basculer dans la confusion mentale.Le réalisateur abuse des effets visuels,notamment des accélérés,mais il trouve de bonnes idées de mise en scène,comme dans ces séquences avec arrêt sur image lors desquelles le Jake "actuel" s'invite dans des moments de son passé qu'il vient expliquer et commenter de manière ironique et désabusée,le plus souvent une bière à la main.Le film parvient ponctuellement à décoller grâce à quelques scènes délirantes,celle du mariage à Vegas ou la diffusion de la vidéo pendant le concert,ou très drôles,les réflexions déplacées des enfants de la soeur de Jake ou l'hôtesse de l'air et la couverture.Jake,c'est Stephen Dorff,acteur médiocre à ses débuts mais qui a ensuite énormément progressé.Il est royal dans ce personnage lessivé qui préfigure celui du comédien au bout du rouleau qu'il tiendra plus tard dans le "Somewhere" de Sofia Coppola.Notre Judith nationale est en revanche beaucoup moins à son avantage et affiche constamment une mine ahurie.Il est vrai qu'elle incarne un mannequin mais là c'est exagéré.Même Noémie Lenoir n'a pas l'air aussi conne,c'est dire.Peut-être est-elle peu à l'aise pour jouer en anglais.Kelly MacDonald,cantonnée à un rôle sacrifié qui ne lui convient guère,ne fait pas d'étincelles non plus.La galerie de seconds couteaux est par contre fort réjouissante.S'y distinguent particulièrement Frank Vincent,Paul Guilfoyle,méconnaissable et qui était déjà présent dans "Sang chaud pour meurtre de sang-froid",Jon Tenney,Lauren Holly et Hector Elizondo,froid comme une lame en mogul impitoyable totalement dépourvu d'humanité.Il est à noter que Robert de Niro,qui ne joue pas dans le film,fait partie des producteurs et que Bono interprète son propre rôle,ainsi que les autres membres de U2.