Des livres-nous du mal
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Dans le sillage de Jules et Jim (1962), François Truffaut se lance dans l'adaptation du roman de Ray Bradbury (1953), aventure européenne tournée en anglais avec la forte présence d'Universal. Une production houleuse qui commence avec son casting. Charles Aznavour (qui avait tourné dans La peau douce) et Jean-Paul Belmondo étaient visiblement les premiers choix de Truffaut pour incarner le héros Montag, mais les producteurs ne les jugeaient pas assez connus à l'étranger. Des acteurs anglo-saxons sont alors envisagés, à commencer par Terence Stamp qui accepte un temps, avant de se rétracter face au double-rôle de Julie Christie.
A la base, la compagne du Docteur Jivago devait uniquement jouer la femme de Montag. Devant plusieurs refus pour le rôle de Clarisse, Truffaut s'est rabattu sur son actrice déjà engagée. Une belle performance, permettant à Christie de jouer deux rôles totalement différents. D'un côté, une femme bien dans son foyer, dont la seule chose capable de la faire se lever le matin est de jouer dans une émission de télévision interactive (on est à ça de la téléréalité à la maison, avec les répliques dictées à l'avance). De l'autre, une femme instruite dans un monde qui ne veut pas de cette population, la laissant dans l'ignorance des émotions.
Fahrenheit 451 se situe dans un univers où l'émotion est une anomalie et la pensée encore plus, ce qui peut lui donner un air froid particulier. Truffaut dévoile un décor pas si éloigné des suburbs ou des résidences pavillonnaires, où tout semble identique à l'image de la pensée unique qui doit prédominer : le livre est le mal et il faut le brûler coûte que coûte. Parce qu'il développe la pensée, instruit et empêche ainsi de rentrer dans le moule.
Le déclic se fait progressivement pour le héros finalement incarné par Oskar Werner (le fameux Jules qui s'entendra très mal avec Truffaut sur ce tournage), en particulier quand sa femme tombe dans le coma et qu'elle n'affiche aucune émotion à son réveil. Il en sera de même dans le final où elle ne regrette rien de ses actes. Comme si madame Montag était un robot, ne parvenant jamais à voir au delà de ce qu'elle voit. Lui en revanche réagit à son coma comme un coup de massue, annonçant le déclic de la lecture chez lui avec un des plus grands conteurs (Charles Dickens). Si Werner n'est pas un sommet de charisme, il parvient tout de même à faire exister son personnage dans une sorte d'entre-deux constant, comprenant enfin que tout ce qu'il a vu et vécu a été faussé, tout en devant se cacher de la société au même titre que ceux qu'il traque tout le long du film. Ainsi, il est le seul à avoir de l'empathie pour la vieille dame possédant une bibliothèque géante (Bee Duffell).
Fahrenheit 451 n'est pas l'un des meilleurs films de son réalisateur, mais il a une personnalité forte et s'impose comme un opus de science-fiction plutôt intéressant jusque dans son générique atypique. Pas forcément bien accueilli à sa sortie (769 677 entrées en France), le film n'en reste pas moins un film bien connu de la carrière de Truffaut encore aujourd'hui.
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Créée
le 15 août 2021
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