Cinq jeunes femmes reviennent d'un match de football. Sans le faire exprès, elles emboutissent une voiture. Quand leur propriétaire, une femme en tailleur d'allure inoffensive, se met à les pourchasser, on comprend bien vite qu'il ne s'agit pas seulement d'une affaire de phares cassées…
Premier film de la quasi-totalité de l'équipe, d'ailleurs c'est aussi leur seul pour un bon nombre, 5 accross the eyes est amateur d'un bout à l'autre, même pour un film d’horreur. L'un des véhicules a été prêté par la mère d'un des réalisateurs. Trois caméscopes enregistraient le film. Le film a été tourné en 9 jours, dans le même coin que le premier Evil Dead d'ailleurs, une bonne référence pour un premier film d'horreur. Mais le manque de moyens est là, et est parfois cruel, comme cette course-poursuite qui ouvre rapidement le film, probablement la moins crédible que j'ai pu voir.
Mais le film est aussi une proposition, on pourrait même dire une vision. Car tout se déroule en même temps que le film, 1h30 de poursuites, de violences, de folie, et tout ceci uniquement depuis le point de vue de l'intérieur du véhicule. Toute cette violence est vécue en même temps par ces jeunes femmes et par le spectateur.
Dès lors, il faut accepter parfois que dans l'hystérie de la situation, tout ne soit pas clair. Que cela puisse être confus. L'obscurité poisseuse capturée par les caméscopes n'aide pas. Il s'agit de partager l'incompréhension des jeunes filles devant ce qui leur arrive et la peur qui en découle, pour mieux faire ressentir ce qu'elles subissent.
D'autant plus que si le film n'est pas très explicite dans sa représentation de la violence, elle est pourtant bien présente. Ne pas la voir distinctement la rend encore plus inquiétante. L'hystérie de la conductrice est d'une rare violence, et la colère qu'elle leur fait subir est proche de la torture.
Malheureusement, le film pêche par ses victimes. Elles ne sont pas des bimbos, ou des potiches, mais il n'a pas été pensé de leur donner des personnalités vraiment définies. Elles ne sont que des victimes, ça pourrait être vous, ça pourrait être moi. Le basculement se fait plus tard, quand elles tenteront de survivre mais aussi de se venger. Quand leur vengeance s'exercera, elles en deviendront glaçantes, malgré leur statut de victime. Le film semble alors ralentir, pour mieux interroger le spectateur, sur ce qu’il aurait fait à leur place.
Si le film veut se passer pour un fait divers qui a mal tourné, une affreuse histoire pour les journaux à sensation, il peine pourtant à se montrer pleinement convaincant. Les jeunes actrices méritent un peu de compassion, il faut bien commencer, d'accord. Mais le film peine à se renouveler, entre courses-poursuites (et j'ai déjà dit à quel point elles étaient ratées) et errements sur la route. Avoir limité le point de vue au véhicule permet de travailler sur ce qui ne se voit pas ou mal, mais il ne se justifie pas, il ne se comprend pas. Il est difficile de comprendre pourquoi on ne voit que depuis la voiture, mais il faut bien l’accepter.
Five accross the eyes est donc avant tout une proposition, faire vivre en temps réel un affreux fait divers avec un point de vue unique. Certains n'y seront pas sensibles, s'arrêtant à un amateurisme qui ressort régulièrement. D'autres pourront accrocher, se laisser convaincre, se laisser emporter par sa fureur confuse. Pour mieux se retrouver parmi ces jeunes filles, perdues dans une campagne plongée dans une obscurité étouffante, confrontées à une femme folle et sadique.