Film que j'ai vraiment regretté de ne pas avoir pu voir sur grand écran au cinéma en 1999. J'ai dû me contenter de cassette vidéo puis maintenant d'un DVD.
Le cinéaste, Eric Valli, photographe de formation et de métier, s'est spécialisé sur la région himalayenne, et particulièrement sur cette région du Dolpo au Népal, devenu sa terre d'adoption.
Le film est entièrement tourné sur les hauts plateaux népalais, avec des acteurs quasiment pas professionnels mais habitués de la montagne et de la conduite des caravanes de yacks. La durée du tournage a pris 7 mois avec toutes sortes d'intempéries et devait être à lui tout seul une belle aventure…
Je mentionnerai juste le nom de l'actrice, dont le regard est intensément beau, qui joue le rôle de Pema, la mère du petit garçon et la veuve du chef : Lhakpa Tsamchoe. Elle avait déjà joué aux cotés de Brad Pitt dans "Sept ans au Tibet" (critique sur SC)
On pourrait résumer l'histoire comme celle d'un combat des chefs d'un petit village perdu dans la montagne qui cultive l'orge et extrait du sel d'une mine. Mais voilà, c'est pour trouver ces semences indispensables qu'une caravane de yacks est organisée régulièrement pour troquer le sel dans la vallée, loin, au-delà de cols difficiles d'accès.
Lorsque le chef d'une caravane meurt dans un accident, une lutte naît entre deux familles, celle du chef qui est mort et une autre, rivale, pour prendre le leadership de la prochaine caravane …
Ce qui est vraiment passionnant, c'est que le cinéaste nous fait pénétrer dans les coulisses de ce petit monde, rude, vivant chichement dans de pauvres logements de montagne mais pétri de coutumes millénaires. Par exemple, les discussions techniques du conseil des anciens qui doit définir la période favorable de la prochaine caravane en fonction du calendrier, des astres et sûrement de bien d'autres critères. Ou encore le jeune moine bouddhiste qui va se joindre à la caravane pour aider alors qu'il s'est spécialisé depuis son enfance dans la peinture de fresques racontant la vie du village ; à ceux étonnés de sa décision, il répond :
Quand deux chemins s'offrent à toi, prends toujours le plus difficile
Les fresques incluent la peinture d'arbres qui sont des choses inconnues à cette altitude mais qui sont peintes à travers les descriptions faites par ceux qui ont participé aux caravanes. C'est sublime et on ressent presque de l'émotion lorsqu'à la fin, l'enfant peut contempler un véritable arbre à son arrivée dans la vallée.
L'émotion : elle s'exprime à travers les échanges de regards et sur ces visages burinés par la dure vie de montagne. On tremble quand les yacks traversent pesamment des passages dangereux, des corniches escarpées.
Car je n'ai pas encore évoqué ces paysages d'une sauvagerie et d'une beauté inouïes magnifiquement rendus par la caméra d'Eric Valli.
Et puis, je vais terminer par ce qu'il y a d'encore plus beau dans le film, c'est la bande originale, composée par Bruno Coulais, qui nous distille une musique un peu planante, très apaisée, népalaise accompagnée de chants tout aussi sublimes.