Avant de venir voir ce film, je voulais nommer ma critique "Critique garantie sans référence à d'autres oeuvres de SF" car j'en ai assez d'entendre tout le monde faire référence à 2001 l'odyssée de l'espace dès qu'on a un film qui se déroule ailleurs que sur Terre. Ce film est cité à tord et à travers et ça finit par m'énerver. Sauf que là, c'est justifié. Fumier de Nolan.
J'aime beaucoup la filmographie du réalisateur (à l'exception notable de The Dark Knight Rises) mais je n'étais pas spécialement intéressé par Interstellar. Le 1er teaser ne m'avait pas forcément fait envie. Je l'ai maté quand même parce qu'un film de Nolan n'est jamais un évènement anodin et qu'il a toujours le potentiel d'être intéressant. Donc je n'appartiens ni aux anti-Nolan, ni aux fanboys. C'est juste la curiosité qui m'a guidé.
La première chose que j'ai apprécié, c'est la description de cette Terre d'un futur proche. Je vous épargnerai les spoilers dans cette critique, aussi j'éviterai de détailler les éléments scénaristiques mais la situation de la Terre m'a semblé assez juste et sans exagération spectaculaire que le thème aurait pu donner. La description de la famille du héros sonne juste également, le tout est ponctué de belles images. On se soucie de leur sort et ça c'est déjà bien. L'envol spatial et l'enrôlement du héros dans cette aventure me paraissent un peu expédiés, mais passons. Cela permet de ne pas perdre trop de temps, le film dure déjà 2h50.
Maintenant que l'introduction est terminée, passons aux scènes spatiales. C'est très beau. L'immensité de l'espace est bien représentée, le contraste entre la force et la masse de ces machines et l'absence de son par moments fonctionne bien. On sent l'énorme masse qui a l'air de flotter, comme si la violence de ses mouvements était noyée dans un océan. Quelques délires visuels impressionnent, surtout avec la musique de Hans Zimmer qui monte crescendo et qui prend aux tripes (quitte à ce que le main theme soit répété trop souvent). C'est très impressionnant.
Au niveau de l'émotion, le film fonctionne également très bien. Il y a des scènes fortes qui sont bien gérées, le thème spatial aidant à mettre des situations dures à encaisser pour les personnages. Certaines lois de l'Univers ont des conséquences qui peuvent dépasser de simples humains comme nous. Franchement, Nolan fait mieux que d'habitude sur ce plan là. Le film est également fluide, les 2h50 ne m'ont jamais ennuyé, contrairement à un certain 2001 qui durait une demi-heure de moins. Je ne peux pas éviter le rapprochement avec ce film, certaines scènes y font directement référence. Mais vraiment, même en voulant me sortir 2001 de la tête il revenait à la charge lors de certaines scènes qui sont vraiment propres au film de Kubrick (et à d'autres sans doute, que je n'ai pas vu). Si ce n'est que le film de Nolan accorde beaucoup plus d'importance à l'humain individuel.
Donc : des images magnifiques, de l'émotion, des questions intéressantes, un portrait saisissant de la Terre, une musique qui rend l'ensemble presque divin. C'est très alléchant, mais il y a quelques accrocs. Ils sont souvent bénins. Certains discours m'agacent un peu (ah, la force de l'amour qui permet de sauver l'Univers...), les situations sont parfois compliquées à suivre (alors pourquoi ils doivent faire ça comme ça ? pourquoi est-ce que maintenant ils tentent ce truc alors qu'avant ils pouvaient pas ?). Et surtout la fin m'a franchement agacé. Pour ne pas spoiler, je dirais juste ceci : Deus Ex Machina. Quand la fin repose là dessus ça m’énerve, surtout lorsque c'est mis en valeur comme s'il s'agissait d'un truc vachement profond. C'est même pas original en plus, et assez mal foutu je trouve. L'expression même de la tentative d'épate scénaristique qui se heurte au monde réel, comme les Dr Who de Moffat. Malgré ces problèmes qui éloignent le film du 9, l'expérience s'avère largement assez fascinante pour mériter un coup d’œil de votre part.
EDIT : Dernier reproche oublié de ma part. Les gars, si un extra-terrestre débarquait en Alaska, est-ce qu'il se dirait que ce climat est représentatif de TOUTE la Terre ? Ben quand vous arrivez dans une autre planète, dites vous qu'il n'est pas impossible qu'il y ait une certaine variété climatique dont vous ne vous rendez pas compte. Vous avez quand même l'exode de toute une planète à assurer, faut peut-être vérifier que tout est habitable. Surtout que le film a l'air d'oublier qu'il existe des gens ailleurs que dans le petit patelin où habite le héros, et même ailleurs que dans les USA. M'enfin, passons.