Le constat ordinaire
Parmi les films-épreuve soumis au cinéphile, Jeanne Dielman occupe une place de choix. Ce premier film de la belge Chantal Ackerman, alors à peine âgée de 25 ans en 1976, prend en effet le parti de...
le 19 mai 2020
55 j'aime
4
« Jeanne Dielmann, 23 quai du commerce, 1080 BRUXELLES » ou comment être fasciné pendant 3h20 par les plans fixes les plus long qu’il m’ait été donné de contempler au cinéma.
Trois jours dans la vie d’une femme bruxelloise; une heure pour un jour, filmés quasiment en temps réel.
Rarement le cadrage est apparu aussi maîtrisé que dans ce LONG-métrage. Les différents angles de prise de vue nous invitent dans cette maison familiale, à hauteur du sujet.
LE sujet, justement, Delphine Seyrig, incroyable dans ce rôle minimaliste de veuve, occupée à prendre soin d’un adolescent, de la cuisine, des lits, de la vaisselle... Une mécanique quotidienne bien huilée, dépeignant pourtant un malheur passé, présent et probablement futur. Dans cette attitude follement contrôlée, nous sondons les cicatrices ouvertes de Jeanne, ce mal-être insoutenable, enfoui au plus profond d’elle.
Le deuxième jour, lorsque le deuxième homme vient chez elle, au moment de partir, elle oublie d’allumer la lumière de l’entrée pour qu’il enfile son manteau. Ce seul petit manquement va venir signaler le début d’une détresse visible. La mécanique va se gripper et sur une brosse à chaussure qui s’échappe de ses mains, l’angoisse monte. Regarder cette femme perdre de sa structure; d’apparence, est cruel. Une série de dérèglements viendront soutenir cette émotion.
En éternisant au maximum la durée des plans, Chantal Akerman nous donne une séduisante liberté, celle de se balader dans l’image, de se laisser aller aux sons et manières de cette femme à l’aliénation captivante et attristante.
Le privilège d’avoir vu ce film au cinéma justifie d’une approche plus expérimentale, plus immersive. Pas sûr que l’effet eut été si poignant en dehors de la salle obscure.
Merci à cette réalisatrice méconnue, dont l’œuvre semble pourtant fondatrice d’un cinéma unique, considéré et admiré.
Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les meilleurs films belges
Créée
le 25 janv. 2017
Critique lue 536 fois
7 j'aime
2 commentaires
D'autres avis sur Jeanne Dielman, 23, Quai du Commerce, 1080 Bruxelles
Parmi les films-épreuve soumis au cinéphile, Jeanne Dielman occupe une place de choix. Ce premier film de la belge Chantal Ackerman, alors à peine âgée de 25 ans en 1976, prend en effet le parti de...
le 19 mai 2020
55 j'aime
4
L’an dernier, c’est La Maman et la Putain qui ressortait dans les salles, cette année c’est au tour de Jeanne Dielman, que je n’avais jamais vu sur grand écran. Deux films évidemment très différents,...
Par
le 7 mai 2023
54 j'aime
10
J'aime beaucoup le cinéma de Chantal Akerman et ce film ne déroge pas à la règle. Il est la preuve que l'on peut faire du cinéma « militant » (ici féministe) sans tomber dans le pathos, le tire-larme...
Par
le 4 juin 2018
37 j'aime
Du même critique
Ici résonne un morceau de Bluegrass, Lorsque loin d’eux, se cache la menace. D’une mandoline et un banjo, Retentit l’écho de Bill Monroe. Voilà que la musique se désaccorde, Les voix de leur amour se...
Par
le 2 févr. 2017
15 j'aime
11
Nous plongeons dans la salle obscure pour eux. Pour ce réalisateur qui ne nous a encore jamais déçu, pour ce cinéma, pour cette émotion, pour cette atmosphère anxiogène si particulière et si agréable...
Par
le 31 déc. 2016
13 j'aime
1
Taboo est une mini-série produite par la BBC one (Angleterre) et FX (USA). Créée par Steven Knight (Peaky Blinders), Tom Hardy et son père Edward Chips Hardy. Cet épisode pilot nous plonge au cœur de...
Par
le 10 janv. 2017
11 j'aime