Attiré par les critiques dithyrambiques quoique partiellement échaudé par la Bande-annonce du film, je m'élançais vaillamment vers la projection ( en VF malheureusement) du dernier succès du moment.
Joker réalisé par Todd Phillips, faiseur de film hollywoodien absolument inoffensif.
Le problème du tapage médiatique est le suivant : Le film se doit d'être bon dans le cas contraire il risque fortement de déclencher l'ire du spectateur qui candidement pensait assister à une œuvre singulière.
Joker n'est pas une œuvre singulière. Sous ses aspects de film d'auteur il reprend tous les codes des grosses productions actuelles. L'épaisse couche de pathos sous laquelle le film tente vainement de créer une quelconque alchimie entre le spectateur et le personnage central s'éffondre dès la première scène.
Car c'est selon moi le plus gros défaut du film. L'absence de sentiments à l'égard de son protagoniste majeur. Arthur Fleck indiffère, il n'est ni touchant ni inquiétant, c'est un personnage qui se contente de tuer des salopards qui lui ont fait du mal. Le chantre du ressentiment. Cet élément est un poil gênant puisque justement tout cela à tendance à dédramatiser toutes les scènes de violence du film. Le gentil psychotique malmené par la société assassine des traders violeurs blancs ou un présentateur télé ordurier.
Cela me pose un réel problème lorsqu'on retrace la genèse de l'un des plus populaires personnages de la culture populaire américaine.
Un dernier point sur l'association qui a été faite entre les gilets jaunes et ce film. Je me pose sincèrement la question. C'est peut-être une mise en garde tout à fait subtile (!) contre le libéralisme à outrance et les politiques d'austérité. " Revenez vite au Keynesianisme ou regardez ces hordes de barbares qui viennent tout casser ".
Sérieusement quelle est le rapport entre les demandes politiques et sociales légitimes et surtout précises des gilets jaunes et les exactions de cette foule scandant des slogans qui feraient honte à n'importe quel anarcho-syndicaliste authentique. L'aspect politique du film n'est rien d'autre qu'une esquisse, maladroite et vulgaire, le programme politique des habitants de Gotham " kill the rich ". Hollywood crée un produit à l'image de notre société, ou le ressentiment et la névrose sont force de loi. Et ça marche.
Sur la prestation tellement sensationnelle de J. Phœnix ? Je la trouve égoïste et outrancièrement cabotine. Ce rire n'est pas glaçant mais agaçant... le même agacement qu'éprouve les protagonistes du film à l'encontre d'Arthur Fleck ?
Todd Philipps ce méta-génie !