Ken Loach fait partie de cette nouvelle génération de cinéastes britanniques qui après la brève aventure du Free Cinema, fit son apprentissage dans les studios de télévision, comme Ken Russell ou Michael Apted. C'est avec ce film, son second, que Loach se fait connaitre sur le plan international avec une présentation au Festival de Cannes 1970, en imposant d'emblée une des principales composantes de son oeuvre : l'étude de personnages marginaux et déclassés sur un fond de chronique sociale.
Kes a été accueilli en France comme un film sur l'enfance, dont le personnage du jeune garçon Billy Casper, incarné par David Bradley, serait une sorte d'Antoine Doisnel anglais. Il est vrai que le portrait de cet adolescent solitaire, mal-aimé, souffre-douleur de son frère ainé et un peu chapardeur, peut rappeler à première vue le garçon des 400 coups de Truffaut. Ce garçon trouve une vraie raison de vivre en s'occupant d'une jeune faucon blessé qu'il soigne et dont il a envie de se faire un ami.
Mais le propos de Ken Loach est différent, il est essentiellement sociologique et politique ; à travers une caméra impitoyable qui traque un réalisme lugubre en incorporant des éléments de fiction dans un univers industriel du Yorkshire, au sein d'une petite ville minière, Loach dénonce le rôle répressif de l'école, la dissolution de la cellule familiale, l'abrutissement de la vie ouvrière, la cruauté des adultes. Le jeune Billy peut égayer un peu sa vie triste grâce à son faucon Kes qui est devenu le seul élément d'espoir pour un gamin dont le destin sombre semble tout tracé.
En se servant du style de réalisation employé à la télévision, Loach filme cette chronique sociale, en la rendant émouvante, mélancolique, bouleversante et déchirante sur la fin. Je me souviens avoir vu ce film pour la première fois lorsque j'étais entre l'adolescence et la vie d'adulte, et ça m'avait beaucoup marqué, c'est un film qui peut démoraliser, mais c'est un beau témoignage sur une certaine façon de vivre en Angleterre à cette époque, qui sonne vrai grâce à ce ton très réaliste insuflé par Ken Loach.

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le 27 mai 2020

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