Un film puissant, rythmé, cru, qui dépeint l’escalade de la violence d’une guerre de gang dans la Cidade de Deus dans les années 1960 et 70.
La photographie est remarquablement colorée et la mise en scène mouvementée, même sensuelle tant la caméra suit de près les corps et les visages, entraîne le spectateur entre fêtes, courses-poursuites et courtes trèves sur la plage paradisiaque. La variété de genres de musique brésilienne qui accompagne le tout complète à merveille l'esthétique fascinante de Cidade de Deus.
Cependant, on peut reprocher au film quelques incohérences (les enfants qui savent immédiatement manier des armes à feu ou l’arrivée comme par magie de la cocaïne dans le trafic) et surtout la place des femmes largement minimisée. Sur quatre personnages féminins (Angelica, Bérénice, « la femme de Shorty » et « la copine de Knockout Ned »), seulement deux ont des prénoms et leur rôle se réduit à celui de « copines » temporaires qui pleurent les hommes qu’elles fréquentaient depuis 2 semaines. Personne n’a de mère ou de soeur dans cette favela ? Aucune femme n’est complice, ne cherche à sortir son fils des gangs, ou n’est victime collatérale parce qu’elle fréquente le gang ennemi ? A titre de comparaison, Matteo Garrone dans Gomorra rend bien mieux compte du rôle des femmes dans les guerres de clans.
Ceci étant dit, Fernando Meirelles réussit un film intense, parsemé de scènes sublimes (la mort de Shaggy, la course à vélo, la fête de départ de Benny) le tout sans « glamouriser » la violence sans état d’âme, la corruption policière et l’emprisonnement inéluctable des favelados dans un destin sans issue.