Je salue avant tout la pertinence du film. 15 ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, on commence à avoir du recul sur la société post-industrielle, sur ses capacités, ses limites, ses déviances. Ce n'est d'ailleurs pas le seul film de la décennie à traiter de cette thématique, on peut faire tout plein de parallèles avec La Planète des Singes.
Mais chaque chose en son temps. La Machine à Explorer le Temps est à l'origine un bouquin (que je n'ai pas lu) de la fin du XIXe siècle. C'est le début de l'industrie, bientôt du fordisme, de l'électricité, de la locomotive à traction Diesel, et on commence à rêver des possibilités qu'offriront ces technologies aux générations futures. C'est dans ce contexte que cette histoire est née.
C'est donc dans une proto-DeLorean que s'embarque notre héros portant de nom de l'écrivain. Cette machine farfelue, à l'image du film en entier, est très caractéristique du mouvement steampunk. Un intérêt tout particulier pour ce mouvement se dessine dans les années 50 et 60, La Machine à Explorer le Temps arrive d'ailleurs quelques années après 20 000 Lieues Sous les Mers.
L'adaptation du livre date de 1960 et permet donc de placer l'histoire dans un tout autre contexte : si elle commence à l'aube du XIXe siècle, on arrive rapidement à des époques qui sont futuristes pour le livre d'origine, mais du passé pour l'adaptation cinématographique. C'est alors l'occasion de parler des deux guerres mondiales, ainsi que d'une guerre fictive annoncée pour 1966 et sûrement en conséquence de la Guerre Froide. On se rend vite compte qu'en fait, le film nous parle de décadence.
Une guerre, puis une seconde, puis une troisième encore plus violente, tout cela pour mener au final l'humanité à sa perte : si elle y survivra, elle n'ira cependant qu'en régressant, et on se retrouve ainsi avec des personnages à peine humains, car ne possédant aucune compassion, aucune curiosité, aucune conscience de la vie et de la mort, aucune volonté. Si dans La Planète des Singes, les humains sont privés de leur moyen de communication, ici, c'est tout ce qui fait d'eux des êtres spirituels qui leur a été ôté. C'est finalement une vision de la décadence encore plus pessimiste que dans La Planète des Singes.
D'une manière générale, les décors sont particulièrement beaux, notamment toute la partie dans le futur lointain, mais aussi en 1966, avec la lave et destructions de bâtiments, c'est très convaincant pour un film de 1960 (Oscar des meilleurs effets spéciaux). De ce côté-là, j'ai été très agréablement surpris.
Les costumes des Morlocks sont cependant un peu moins stylés... Ils ont vraiment pris un sacré coup de vieux. Ils restent cependant classes de par leurs yeux qui brillent dans le noir comme des tapetums, et qui leur accordent un caractère discret et dangereux. Franchement, ça fait presque peur.
Bon bien sûr tout cela reste très fantastique, on peut s'amuser à y trouver les faux-raccords dus aux paradoxes temporels, mais on peut aussi accepter l'idée générale du truc, et songer plutôt aux réflexions sur l'humanité que ce film propose. Car finalement, plus qu'un bon divertissement, je pense qu'il faut plutôt en tirer une leçon.