Si on a découvert ce film à sa sortie en 1968, et si on le revoit en connaissant tous les autres opus (les « sequels » et les "reboots") vus au fil de leurs sorties successives, peut-être le trouvera-t-on encore meilleur que la première fois.
Il y a la dernière scène, devenue culte, dont l’effet est toujours poignant même si on la connaît déjà très bien. Mais de bout en bout le film est captivant.
La narration est parfaite, alternant l’action et la réflexion, à un rythme équilibré. Chaque séquence apporte son lot de questions multidimensionnelles, et chacune se termine par une acme d’émotion ou de surprise. Les multiples bois dont sont faits les personnages, qu'ils soient humains ou singes, défauts et qualités, sont présentés sobrement par le langage, les sons, les images : gestes et mouvements, tout concourt à leur justesse artistique, poétique, romanesque. Même la chute du vaisseau au début, depuis l’espace jusqu’au sol, est remarquable pour un film de science - fiction de l'époque.
En le revoyant on remarque aussi la récurrence de plans « vus du ciel », un point de vue qui domine de très haut les déplacements de Charlton Heston et des groupes successifs qui l’accompagnent à mesure que le film progresse, ce qui prépare aussi à l’écrasante dernière scène, avec le surgissement de ce gros plan minéral inoubliable.
C’est du grand cinéma, ce que tout le monde avait ressenti à la première vision, et comme la suite l’a prouvé : quatre « sequels », un remake puis, à partir des années 2010, les « reboots ». Ceux-ci sont inspirés par l’explication originale du roman de Pierre Boulle, dans lequel l'humanité, dans son confort, s'isole et cesse d'être active intellectuellement puis est dépassée par les singes. Cette explication là avait été abandonnée dans ce tout premier opus au profit d’une autre : un voyage dans le temps avec l’arrière-fond anti-bombe fréquent dans les films des années 60.
(Note de 2018 publiée en oct. 2024).
Pour résumer mes avis sur la série :
L’opus 1 est un chef d’oeuvre, à voir et à revoir.
L’opus 2 dégrade le précédent (aussi on peut le voir ou pas).
L’opus 3 vaut un téléfilm bien tourné et sympathique, son propos est intelligent et intéressant.
L’opus 4 est politiquement incorrect pour l’époque mais surtout celui qui va inspirer les scénarios des « reboots » des années 2010.
L'opus 5 est à éviter : ni singe savant, ni singe d'avant, seulement trop bête.