La Possibilité d'une île par Morsula
Souvent on se dit, quand il s'agit d'une adaptation d'un livre au cinéma, qui de mieux que son auteur pour porter le livre à l'écran ?
Michel Houellebecq nous propose donc une adaptation de La possibilité d'une île, son quatrième roman publié en 2005, qui ne raflera cependant pas le prestigieux Prix Goncourt de la même année.
La critique globale de la presse a été, à mon avis, assez dégueulasse avec Michel Houellebecq. Je pense qu'il est essentiel de ne pas voir ce film comme une adaptation pure et simple du roman, car celui a en réalité peu ou prou de rapport avec le film, qui s'en inspire. Disons que le film est un complément au livre ou une relecture.
L'histoire est bien celle du roman mais en moins explicite, il faut bien l'avouer : il y a peu de dialogues et pratiquement pas d'indication temporelle et spatiale. Dans le roman Daniel est un humoriste, dans le film on ne sait pas trop. Le scénario nous dit d'ailleurs qu'il est le fils du prophète, ce qu'on peut plus ou moins déduire... en faisant un effort.
Certains rôles semblent plus figuratifs que fonctionnels, c'est marrant à remarquer, je trouve.
Le principal reproche que je ferai au film serait donc son "hermétisme" houellebecquien. Les gens qui n'ont pas lu Houellebecq ne peuvent pas comprendre ce film ou alors ils le comprennent mal. Les gens qui ont lu Houellebecq et qui s'attendent, naturellement, à une adaptation au sens strict du terme seront déçus : ce n'est pas le cas, bien que le film reprenne les thèmes chers à Houellebecq évoqués dans son oeuvre littéraire : la solitude de l'individu, le sens de la vie, la religion (les sectes), le clonage, le néo-humain, etc.
Si La possibilité d'une île est une adaptation imparfaite du roman, en revanche j'ai trouvé des similitudes avec Lanzarote (nouvelle) dont le film semble être aussi inspiré : présence d'un touriste belge un peu gauche, concours de beauté de filles en bikinis, hôtel paradisiaque, etc.
Le rythme est lent et est souvent reproché par la critique au film. Je ne m'en formalise pas puisque je suis un fervent admirateur du cinéma de Herzog. Je pense que ce film se veut avant tout un film d'anticipation et de réflexion, et non un film d'action.
La vision du futur proposée par Houellebecq n'est pas des plus réjouissantes mais les plans désertiques et fantômes de la fin du film traduisent bien cette ambiance de post-apocalyptique. Je crois d'ailleurs qu'ils ont été tournés en Espagne.
La possibilité d'une île est donc un film que je recommande difficilement à ceux qui n'apprécient pas Houellebecq. Les critères du cinéma bien fait, bien pensant, je m'en balance pas mal en fait. L'originalité de Houellebecq en tant que réalisateur de film c'est de nous proposer quelque chose qui soit autre chose qu'une simple (et vulgaire ?) adaptation d'un de ses romans, c'est une extension de son domaine de la créativité, rien de moins.