Bresson propose une vision déprimante et sans âme de la légende arthurienne où tout paraît factice. Je n’ai sans doute pas la sensibilité nécessaire pour apprécier ce drame shakespearien aux personnages torturés, mais quand rien n’est fait pour en donner l’envie ça n’arrange pas les choses. La direction d’acteurs est aussi minimaliste que glaciale, les comédiens récitent leur texte sur un ton monocorde en regardant dans le vague alors qu’ils sont censés être transportés par la passion et les nobles sentiments.
Certes le budget du film est anecdotique mais certains anachronismes facilement évitables (écuyer portant un jean) entament l’intégrité du projet. De la part d’un esthète du son comme Bresson j’ai trouvé le cliquetis grossier et incessant des armures des chevaliers très pénible sur la durée. L’un des autres tics de réalisation agaçants de Bresson concerne les cadrages en dessous de la ceinture, c’est simple on a l’impression de regarder le film d’un fétichiste des jambes. Cela vaut également pour les animaux, le tournoi par exemple se déroule intégralement avec la caméra braquée sur les jambes des chevaux, de quoi anéantir la lisibilité des joutes et ruiner les rares scènes de panache présentes dans le film.