Avant The Killer, il y avait Le Flingueur


Ce que je fais requiert une certaine mentalité. J’exécute des missions sur des cibles désignées. Parfois, il faut que cela ait l’air d’un accident. D’autres fois, les soupçons doivent se porter sur quelqu’un de précis. Certains clients veulent faire passer un message clair. Appuyer sur la détente, c’est facile. Les contrats les plus réussis sont ceux où l’on ne sait même pas que vous étiez là.


Voici pourquoi ce film est tellement sous-estimé malgré ses nombreuses qualités


Le Flingueur, réalisé par Simon West, est le remake du film de Michael Winner sorti en 1972 avec Charles Bronson. Cette nouvelle version confie le rôle principal à Jason Statham et opte pour une approche plus contemporaine, sans trahir l’essence du récit original. Le scénario de Richard Wenk et Lewis John Carlino repose sur une trame volontairement épurée mais non dénuée d’intelligence. On suit Arthur Bishop, incarné par Jason Statham, tueur à gages rigoureux et méthodique, à travers une mise en scène qui ne cherche jamais à embellir sa condition. Aucun romantisme, aucune tentative d’héroïsation. Le personnage évolue dans un univers moralement neutre, où les notions de bien et de mal importent peu. Une approche froide et assumée que David Fincher reprendra en 2023 avec The Killer, qui analyse lui aussi la logique interne d’un professionnel de la mort. La différence entre les deux, tient au rythme ainsi qu’au prisme narratif, là où Fincher privilégie la distance et l’observation, Simon West opte pour une progression plus directe, sans s’attarder dans une contemplation excessive, sachant qu’il va offrir un contexte davantage explicite, immoral et difficile quant à la nature de la profession. En effet, l’intrigue impose d’emblée un choix tragique à Arthur Bishop, puisqu’il doit éliminer son mentor et ami Harry McKenna, incarné par Donald Sutherland. À partir de ce moment, ce qui devait rester un simple contrat prend une dimension personnelle. Pourtant, la règle demeure intangible, un contrat reste un contrat. La mort de Harry laisse son fils Steve McKenna, interprété par Ben Foster, seul et animé par la colère. Malgré cela, Bishop décide de le prendre comme apprenti. Un choix scénaristique pertinent qui renforce la tension dramatique et offre au spectateur un point d’entrée dans cet univers, puisque c’est à travers Steve que l’on découvre progressivement les codes du métier. L’enjeu devient alors double. Bishop transmet son savoir tout en sachant que cette formation pourrait se retourner contre lui si la vérité venait à éclater. Le récit reste simple, mais intelligemment efficace pour explorer cette profession, sachant que le final réserve une grande surprise et un constat terriblement amer. Et c’est bien là la force du Flingueur, Simon West ne cherche jamais à héroïser ses personnages par un prisme annexe et montre au contraire la solitude, la rigueur et la dureté d’un métier dénué d’illusion. Voilà pourquoi il ne faut pas voir Le Flingueur comme un simple film d’action bourrin sans nuance. Car derrière les meurtres, le film interroge la logique implacable d’un monde où le professionnalisme prime sur l’émotion, et où chaque choix finit par avoir un coût.



J’ai un gros problème avec le titre français, Le Flingueur, qui simplifie bêtement et dénature le propos même du film. Un titre français qui suggère un personnage qui tire dans tous les sens. Or Bishop fait très exactement l’inverse. Il évite le bruit, privilégie la discrétion, planifie chaque détail, et fait passer ses meurtres pour des accidents de la vie. Un professionnel qui travaille proprement. Le titre original, The Mechanic, lui est cohérent, car dans l’argot criminel, un « mécanicien » désigne un tueur à gages capable de transformer un meurtre en accident. Le terme insiste sur la précision et le savoir-faire. Voilà comment on passe d’une extrême à une autre à travers un titre mal choisi. S’il y a un « flingueur » dans le film, à la limite, se serait plutôt l’apprenti, encore dominé par ses émotions. Le film ne souffre d’aucun temps mort. Tirs francs et directs, combats au corps à corps percutants de réalisme, infiltrations sous tension. La séquence où Bishop s’introduit dans la demeure d’un chef de cartel colombien et transforme une piscine en arme mortelle résume parfaitement l’esprit du film : infiltration, exécution, disparition. L’action n’est jamais gratuite. Elle découle du récit. Chaque affrontement a un enjeu dramatique. Les duels sont courts, violents, sans chorégraphie excessive. On est dans l’efficacité pure. Sur le plan technique, Le Flingueur est une vraie surprise. La mise en scène de Simon West est précise et élégante. La direction artistique de Richard Lassalle donne au film une identité visuelle solide avec des filtres de couleurs judicieux. Les décors conçus par Jason Hamilton apportent une richesse inattendue, notamment dans les villas luxueuses et les environnements explorés. On a même droit à une attention du détail et de la délicatesse dans certaines scènes, comme lorsque Arthur se sert de son tourne disc. La photographie d’Eric Schmidt soigne les contrastes, joue sur des ambiances lumineuses maîtrisées et renforce l’impression de contrôle permanent qui caractérise Bishop. La musique de Mark Isham participe pleinement à l’identité du film. Elle alterne entre tension discrète et mélodies marquantes. L’utilisation du Trio pour piano n° 2 en mi bémol majeur, op. 100 de Franz Schubert crée un décalage saisissant entre douceur classique et violence imminente. À cela s’ajoutent des morceaux comme l’excellent « Better Off Dead » de Linnzi Zaorski, ou l’intense « Goree » de Nuru Kane, chanteur africain nous régalant d’une excellente partition en français, ou encore « Why Blues » de Chris Thomas King, qui enrichissent l’atmosphère sans jamais l’alourdir, sachant que d’autres excellents titres viennent enrichir le tout. Un travail technique dans l’ensemble excellent, et que je n’attendais pas forcément dans un tel film.



Côté casting on a droit a du lourd à travers des performances intenses. Jason Statham pour Arthur Bishop est top. La retenue lui va à la perfection. Il incarne un homme rigoureux, précis et peu bavard. Toujours en contrôle de lui-même, qui pense chaque geste comme une opération chirurgicale. Il est discipliné de A à Z, et fait par moment froid dans le dos, puisque pouvant être capable du pire, même s’il n’est pas dénué d’humanité. Seulement, le boulot, c’est le boulot. Chaque contrat est préparé avec soin, maquillé en accident, et exécuté avec une minutie obsessionnelle. J’aurai adoré un film entier consacré à son personnage en maintenant tout du long cette approche à la Hitman, c’est-à-dire infiltration, suppression et évasion, sans avoir déclenché la moindre alarme. Statham est d’ailleurs tellement crédible qu’il a lui-même réalisé ses cascades, même les plus folles, comme un saut spectaculaire de 100 mètres dans le vide depuis le haut d’une grande tour. Une implication qui renforce l’authenticité de son rôle. Steve McKenna pour Ben Foster est une véritable révélation. Il a de la gueule, du charisme, et incarne parfaitement l’impulsivité. Steve est animé par la rage après la mort de son père, et le besoin de reconnaissance, reconnaissance qu’il n’a jamais eu auprès de son père, mais qu’il cherche aujourd’hui auprès de son mentor. Là où Bishop calcule, Steve réagit. Le contraste entre les deux hommes structure intelligemment tout le film. Foster livre une performance intense, physique et nerveuse. D’ailleurs, malgré son vertige, l’acteur a tenu à réaliser certaines cascades majeures, notamment le fameux saut de 100 mètres dans le vide en voyant Statham le faire. Un engagement qui se ressent dans chaque scène. Son combat au corps à corps contre un mécanicien d’une agence rivale reste un moment fort et dingue du film, rappelant une fois encore le film The Killer, avec le duel de Michael Fassbender. Eh oui, cher David Fincher, tu peux masquer autant que tu veux, ton film transpire celui de Simon West. Steve représente aussi le danger de la transmission car il peut apprendre la vérité sur la mort de son père. Sachant, qu’il apprend vite, mais il apprend mal. Il comprend la technique, pas la philosophie. Donald Sutherland est mortel dans le rôle de Harry McKenna. Il apporte au film une gravité essentielle en tant que mentor et figure paternelle de notre tueur. Sa présence installe immédiatement une profondeur émotionnelle. Sa disparition déclenche tout le drame, et Sutherland, avec son charisme naturel, donne à sa performance une dimension tragique parfaite. Tony Goldwyn pour Dean Sanderson fait lui aussi du bon boulot, incarnant la froideur institutionnelle en tant que donneur d’ordres orchestrant les missions. Il représente le système, celui qui manipule les exécutants tout en restant à distance. Mini Anden pour Sarah fait une petite apparition, mais aussi futile qu’elle puisse paraître elle reste importante dans la démonstration de Arthur, soulignant la solitude du protagoniste car il pourrait avoir une autre vie, et choisit pourtant de rester dans l’ombre. Sarah introduit une forme d’humanité possible, un contrepoint à la violence constante.



CONCLUSION :


Le Flingueur s’impose comme un film d’action solide, cohérent et bien plus réfléchi qu’il n’y paraît. Derrière son titre maladroit se cache une œuvre rigoureuse, portée par une mise en scène maîtrisée, une vraie exigence technique et un duo d’acteurs pleinement investis. Simon West livre un thriller efficace qui assume sa froideur et sa noirceur morale sans jamais céder à la facilité. Pour moi, une référence du film d’action sérieux des années 2010, injustement réduit à ce que son titre français laisse croire, sachant qu’il fut le socle de David Fincher pour son film The Killer.


Un film d’action efficace et maîtrisé qui rappelle que l’action peut être à la fois spectaculaire et structurée.



- Je vais mettre un prix sur votre tête, si gros que lorsque vous vous regardez dans le miroir, votre reflet voudra vous tirer en plein visage.
- Un bon jugement vient de l'expérience, l'expérience vient d'un mauvais jugement.

B_Jérémy
9
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.

Créée

le 24 févr. 2026

Critique lue 107 fois

Critique lue 107 fois

25
19

D'autres avis sur Le Flingueur

Le Flingueur

Le Flingueur

7

AnimaMundi

38 critiques

Jason tataaaaaaaane

Très bon remake de l'original. Scènes d'actions bien fichues, convenu mais plaisant, le film m'a bien branché. Il ne faut pas le regarder avec de la prétention, on est simplement dans le...

le 8 avr. 2013

Le Flingueur

Le Flingueur

6

Dalecooper

93 critiques

Du Boum Boum Badaboum sympathique.

Hé ben c'est plutôt sympa (voire sympa-pas mal), "Le Flingueur". Alors évidemment, face à l'original avec Charles Bronson, pur produit brut des 70's, dur et nihiliste, ça vaut pas tripette, mais il...

le 29 juin 2011

Le Flingueur

Le Flingueur

3

pierrick_D_

2670 critiques

Critique de Le Flingueur par pierrick_D_

Trois ans après "Course à la mort",revoici Jason Statham dans un remake d'une série B seventies.Après David Carradine,c'est donc Charles Bronson qu'il remplace,sans plus de succès.Comme d'habitude,on...

le 31 mars 2015

Du même critique

Joker

Joker

10

INCROYABLE !!!

La vie est une comédie dont il vaut mieux rire. Sage, le sourire est sensible ; Fou, le rire est insensible, la seule différence entre un fou rire et un rire fou, c’est la camisole ! Avec le Joker...

le 5 oct. 2019

Le Bon, la Brute et le Truand

Le Bon, la Brute et le Truand

10

Des hommes et des dieux

Le monde se divise en deux mon ami, ceux qui ont la corde au cou et ceux qui la leur coupent… Oui seulement celui qu’a la corde cou c’est moi, moi je risque gros, c’est pourquoi la prochaine...

le 5 déc. 2020

Once Upon a Time... in Hollywood

Once Upon a Time... in Hollywood

10

Bien plus fort qu'un hommage...

Enfin ! Amis cinéphiles, voici un jour qui doit être fêté ! Une nouvelle oeuvre de Tarantino a vu le jour, et ce n'est pas anodin. Cette superbe journée tout en fraîcheur est tout à fait appropriée...

le 15 août 2019