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Paul prend son métier de comédien très au sérieux. Pourtant son grand fait d'armes consiste à être le personnage présent sur les paquets de cigarettes atteint des pires cancers aux effets visibles très gores.

Il fait aussi office de figurant express dans une pièce que joue son épouse, artiste de théâtre reconnue et accomplie. A la maison, c'est lui qui prend en main toute la charge mentale, les courses, l'éducation (relative... faut voir comme ils lui parlent) des enfants et se prétend ravi de cette situation même si le lapsus lui échappe : "je suis un homme... démoli... oups, déconstruit".

Parallèlement à Paul, nous faisons la connaissance de Simone, flic infiltrée dans un collectif féministe Les hardies (mené par une Judith Chemla plus hystérique que jamais) soupçonné d'avoir aidé une femme battue et violée par son mari de l'avoir assassiné. Simone évolue à cause de son métier dans un univers éminemment machiste où elle est entourée d'hommes plus réac les uns que les autres (sauf un jeune beur très ouvert à la cause féminine et à la parole des femmes mais tellement caricatural également qu'on n'y croit guère) et son chef de service n'est autre que son mari qu'elle sert comme un prince dès son retour à la maison (pieds sous la table, pantoufles, lecture du journal à table...).

Beaucoup de causes sont réunies ici (dans le désordre et comme ça me vient) : charge mentale, masculinité, féminisme, consentement, absence d'écoute de la part des flics lorsqu'une femme en détresse vient déposer plainte (en gros si ton mari te bouscule un peu, quitte le) et le film finit par se tirer une balle dans le pied et reproduire à peu près tout ce qu'il prétend dénoncer, sauf que la violence change de camp

Peut-on rire de tout au cinéma ? Je pense que oui à condition ne pas semer le trouble et la confusion dans l'esprit du spectateur. En s'emparant des problématiques liés au phénomène #metoo, je trouve que ce film se vautre lamentablement.

Côté comédie, c'est réussi. C'est dû en grande partie à ce génie de Benjamin Lavernhe (de la Comédie française) qui s'est fait pour l'occasion un look mi grand blond mi Monsieur Hulot et une dégaine improbable, cheveux en pétard, mine défaite, par-dessus vintage qui semble tout droit sorti de la garde-robe de Jacques Tati. Avec cette allure de gentil dégingandé incapable de tenir tête à ses enfants (têtes à claques), avec son phrasé hésitant, son comportement doux "comme un bisou voyou dans le cou", ses idées si mignonnes sur (entre autre) l'invisibilité des actrices de plus de cinquante ans et qui finit par se demander s'il n'aurait pas à son insu par le passé agressé des femmes sans même s'en apercevoir, l'homme est tellement con, l'acteur craquant est définitivement craquant.

Le reste est plus problématique. Pourquoi mettre l'accent sur une fausse accusation de viol (dans la réalité les fausses accusations ne représentent "que" 2 % (de trop) des cas) ? Pourquoi l'homme le plus doux, le plus inoffensif, le plus féminin voire féministe, le moins susceptible de commettre le crime de viol doit-il être celui chargé de s'excuser et même de remercier son accusatrice d'avoir été faussement accusé et d'expier au nom mais surtout à la place de tous les agresseurs ? Comment oser traiter (par dessus la jambe) le thème du viol : "t'inquiète tu ne risques rien, seul 1 % des violeurs sont condamnés". Le film ne résout pas le fait que cet homme accusé à tort perd beaucoup dans la mésaventure, son travail d'abord et il ne reçoit plus que suspicion de la part de toutes les personnes qu'il croise. Son nom et sa personne sont à jamais entachés par cette accusation. C'est à mon sens très douteux d'en faire un ressort de comédie.

Par ailleurs, à mon sens ce sont davantage les féministes dont le mouvement Hardies s'approche plutôt des harpies (Judith Chemla : stop mais vraiment STOP !!!) qui trinquent. Caricaturales à l'excès, mal fagotées, plutôt masculines (à l'exception d'une barbie confiée à l'excellente Suzanne de Baecque, l'actrice de troisième plan qui se fait remarquer, dans le bon sens du terme), lesbiennes pour la plupart alors que les masculinistes de Sauvons les papas sont pleurnichards et calmes. Et que font les féministes lors de la toute première scène où les papas revendiquent leurs droits ? Elles les attaquent physiquement, violemment. Ce n'est pas drôle et ça commence plutôt mal.

Ce film m'a amusée parfois, chaque fois que Benjamin Lavernhe apparaît, mais plutôt mise mal à l'aise le reste du temps. Même Léa Drucker (formidable comme à l'accoutumé) m'a paru parfois embarrassée par son rôle d'accusatrice même si l'on comprend qu'elle soit catastrophée par l'inconséquence de sa bourde.

La conclusion du film est vraiment embarrassante, irréaliste, déplaisante. Si les répliques plutôt bien écrites fusent et tentent de démontrer les bonnes intentions dans le style "balance ton quoi"... le résultat final selon moi donne plutôt lieu à la consternation qu'à l'ouverture à la discussion.

"Il va falloir que les femmes apprennent à aimer les hommes doux" dit Simone dans l'étrange avant dernière scène au cours de laquelle j'approuve la remarque de Paul : si l'on déshabille une femme à l'écran, il faut déshabiller l'homme. Mais ici l'homme doux est dominé et moqué. Je ne suis pas sûre que cela fasse avancer le débat et les rapports humains.

Et je ne dis rien des scènes mal ficelées (facilité de scenario) comme celle où Paul débarque chez Simone en train de se faire "bousculer" par son mari (Vincent Elbaz, miam miam, mais totalement absent). Il semble ne pas le reconnaître alors que son portrait est placardé au commissariat. Et l'apparition de Virginie Despentes dans le rôle de Virginie Despentes...

Désolée, c'est très brouillon (plus que d'habitude) mais ce film m'a plus agacée que divertie.

Deux étoiles pour la présence et l'interprétation (qui en méritent 5) de Benjamin Lavernhe de blablabla...

Sinon, on se lève et on se casse...


Et accessoirement, Vincent Delerm : je t'aime !

LaRouteDuCinema
5
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le 17 avr. 2025

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