Michel Ocelot reprend les ingrédients de ses précédents succès pour nous proposer trois contes inédits dans son nouveau long métrage. Le réalisateur connaît son modus operandi, cette bonne vieille recette de notre grand-mère (grand-père de 78 printemps en l’occurrence) qui ne change pas, et c’est bien pour ça qu’on l’aime tant.
Très beau comme toujours en reprenant l’esthétique de ses différentes œuvres : ombres chinoises à la Princes et princesses dans le deuxième conte, ornements et palais somptueux d’Orient à la Azur et Asmar dans le troisième, et hybridation de ces deux styles dans le premier conte en Égypte antique, la représentation de profil conforme à l’art égyptien rappelle l’évocation de silhouettes en ombre chinoise, tandis que les décors et les couleurs se rapprochent davantage des environnements splendides habituellement dépeint dans Azur et Azmar. Tout est magnifique. Des couleurs aux décors, de la composition d’image aux costumes, le tout en passant par les textures et les reflets, c’est vraiment orgasmique pour la rétine.
Côté histoire, on pourra peut être regretter un manque de prise de risque. Parmi les trois comptes, un seul dans son titre évoque une princesse. Or les trois comptes racontent plus ou moins des histoires d’amours impossibles entre un prince et une princesse. Chaque histoire a ses spécificités, un ancrage géographique et temporel différent, de même qu’un style graphique propre comme nous l’avons dit, mais le noyau central de chaque conte est identique.
Cette absence d’originalité et de panache dans le scénario des contes est d’autant plus regrettable aujourd’hui, où le WOKISME la CANCEL CULTURE et le FEMINAZISME appellent à la réinvention des rôles sociaux et au questionnement des stéréotypes de genre par exemple. Que l’on s’entende bien, je conçois parfaitement qu’un pitch mettant en avant un couple de princesses lesbiennes dans l’Auvergne médiévale sous le joug de l’Église catholique n’ait pas passé l’étape du storyboard, et il ne s’agit pas de ça. En revanche ne pouvait-on pas imaginer un scénario hybride échappant au schéma dans lequel s’enferme systématiquement les scénario à savoir : une princesse dont l’attribut principal est d’être « la belle des belles » attend que son valeureux prince dont l’attribut principal est d’être fort, charismatique ou malin, ne vienne la délivrer de son château ou de la domination du monarque en place (homme ou femme d’ailleurs!) un peu trop conservateur. De plus, à l’exception du deuxième conte, la narration toujours centrée du point de vue du prince, ce qui témoigne du centre d’attention. Dans un souci d’honnêteté intellectuelle, il faut quand même noter que les princesses ne sont pas non plus de simple faire-valoir ni de parfaites potiches. Si leur attribut principal réside dans leur beauté physique au moins dans un premier temps, on peut tout de même découvrir pour deux d’entres elles d’autres aspects de leur tempérament qui sont bienvenus, en particulier l’insoumission face à l’autorité ou à la menace violente.
Du reste, ça fait plaisir sah.