Malgré des précautions prises avec des projections-tests, le succès de la Planète des singes en 1968 a surpris la 20th Century Fox qui fut d'accord pour une suite, pratique encore peu courante à l'époque. C'est une suite directe du film de Schaffner puisque l'astronaute Brent (joué par James Franciscus) s'écrase sur la planète et part à la recherche de Taylor (incarné par Heston).
Ce film a parfois mauvaise réputation, et encore sur SC, j'ai vu des notes désastreuses, faut arrêter ça ! Bien évidemment, le film n'atteint pas le niveau de richesse du film originel, les personnages sont peu approfondis, il y a des incohérences et ça frôle le navet sidéral dans la partie consacrée aux mutants. De plus, Charlton Heston ne voulait pas reprendre son rôle de Taylor, il a donc fallu le remplacer par James Franciscus, acteur habitué de la télévision américaine qu'on a pu voir dans des séries, mais il a aussi joué dans quelques films et ici il ne démérite pas. La Fox a quand même mis la pression sur Heston pour qu'il apparaisse au moins dans son rôle, la star accepta une participation épisodique pour passer le relais et à la condition que son personnage disparaisse définitivement, la fin empêchant tout prolongement.
On sait que malgré ça, la Fox a commandé des suites avec 3 autres films : les Evadés de la planète des singes (très réussi), la Conquête de la planète des singes (pas mal), et la Bataille pour la planète des singes (le moins bon de la saga) ; ces 2 derniers films seront rebootés dans les nouvelles versions la Planète des singes : les origines etc...
Le Secret de la planète des singes n'est quand même pas une suite indigne, le visuel vaut le détour, la production visant un choc sur le passé et le futur de la Terre qui était apparu dans l'époustouflant final du film précédent. Le scénario est une variante sur l'arme atomique, et montre que les gorilles veulent envahir la zone interdite ; il faut donc rendre cette zone interdite mystérieuse et fascinante, le but est en grande partie atteint puisqu'on y voit des décors post-apocalyptiques, ce qu'est devenu la Terre après la bombe.
Par endroits, il est dommage que ce soit des maquettes, des murs peints à la va-vite et des transparences un peu visibles, mais tout ceci fait quand même son effet. La faute en incombe à la Fox qui voulait bien produire cette suite mais avec un budget réduit, suite à quelques échecs précédents, d'où ces Fx qui sont parfois un peu limite. Les décors d'origine de la cité des singes furent quant à eux réutilisés car ils avaient coûté un bras à la prod. La réalisation fut confiée à Ted Post, honnête réalisateur de télé qui avait fait un bon western avec Clint Eastwood, Pendez-les haut et court (qu'il retrouvera pour le second Harry, Magnum Force), et qui réalisera en 1977 le Merdier, un des meilleurs films sur le Vietnam. On note un détail très parlant de l'époque : le conseil des singes contre la guerre est une parabole à peine déguisée des manifs anti-Vietnam alors très actives en 1970. Voici donc un film qui s'inscrit dans une bonne continuité, un peu dans l'ombre de son prestigieux prédécesseur, mais pour moi c'est une réussite qui reste très divertissante.