L'identité et la confusion sexuelles sont au coeur du film -et de l'oeuvre de Jacqueline Audry qui, deux plus tôt, réalise "La garçonne" avec la même Aimée Debar. Malheureusement, cette thématique associée au travestissement ne sert ici que des situations insignifiantes et stupides de vaudeville militaire.
Pour une question d'héritage, une fille d'Eon est baptisée Charles et grandit comme un garçon. Elle entre chez les dragons de Louis XV et devient LE messager de ce dernier pour une mission diplomatique en Russie.
Le scénario de Cecil Saint-Laurent s'inspire de la bien plus complexe existence du vrai chevalier d'Eon, s'adosse à l'Histoire et produit une comédie d'aventure d'une niaiserie qui bascule dans le grotesque, notamment avec le rôle d'Isa Miranda en tsarine Elisabeth entourée de ses moujiks. Le film n'est pas sans ambition -on trouve même au générique les noms de techniciens réputés comme Henri Alekan et Alexandre Trauner- mais même André Hunebelle, spécialiste médiocre de l'aventure de cape et d'épée, n'aurait pas fait pire.
Le film est une coproduction franco-italienne et, déjà, le manque d'homogénéité de l'interprétation se fait sentir tout au long du récit, notamment avec Gabriele Ferzetti en insuffisant compagnon de voyage de Charles d'Eon. En terme d'action, le film est nul, tandis que l'équivoque sexuelle que suscite autour de lui le personnage d'Aimée Debar -complètement dépourvue de personnalité- qu'il soit habillé en soldat ou en femme, est sans la moindre audace, comme si la réalisatrice s'était censurée.
Bernard Blier traverse le film épisodiquement en espion prussien, rôle dérisoire.