The Black Hole de Gary Nelson est une pierre angulaire du cinéma de science-fiction, un opus mémorable qui a révolutionné le genre à tout jamais, regorgeant d’effets visuels innovants pour l’époque et d’une intrigue à la hauteur des plus grands classiques.
Ceci est ce que j’aurais pu écrire sur The Black Hole… s’il était sorti aux alentours de 1962!
Mais voilà, pas de bol : cet étrange film concocté par Disney est sorti en 1979, bien après "2001, l’Odyssée de l’espace", peu après "Star Wars", la même année que "Alien" et, pire que tout, quelques mois avant "L’Empire contre-attaque".
Dès lors, la comparaison est sévère, douloureuse même, et difficilement justifiable, d’autant plus que le film ne souffre même pas d’un budget restreint (20 millions de dollars de l’époque, contre 14 pour Alien et 11 pour Star Wars).
À mi-chemin entre un remake bâtard de "20 000 lieues sous les mers" croisé avec "Planète interdite", The Black Hole échoue dans à peu près tous les domaines. Le scénario semble tout droit sorti d’un épisode de Star Trek du temps jadis. Les effets spéciaux, bien que nombreux, paraissent cheap et désordonnés. Les costumes de l’équipage, d’une tristesse inouïe (du kaki, du marron...), ont trente ans de retard.
Et enfin, le casting est foiré… et foireux. On peut légitimement se demander si Perkins et Borgnine n’ont pas, à eux seuls, plombé le budget, ce qui expliquerait bien des choses. Mais même si c’était le cas, on ne peut certainement pas dire qu’ils rendent à l’écran ce qu’ils ont rentré dans leurs poches. Desservis par des rôles déjà plats et inintéressants, ils n’arrangent rien par leur jeu. D’un côté, Perkins semble totalement désinvesti, au service minimum, campant un professeur aussi ennuyeux qu’absent. De l’autre, Borgnine, qui paraît tout juste sorti d’une western-comédie, enchaîne les mimiques et surjoue le papy de l’espace, un peu pilier de saloon et un peu Scotty de L’Enterprise, mais en version Temu.
En tout cas, une chose est sûre : ce sont bien leurs personnages qui, largement soutenus en cela par le scénario, contribuent le plus à remplir le film de long dialogues ineptes, dégoulinants d’une bouillie pseudo-scientifique qui laisse pantois. Le spectateur est sommé d’atteindre un niveau de suspension volontaire de l’incrédulité rarement exigé dans l’histoire du cinéma.
Même les quelques bonnes idées visuelles ne parviennent pas à décoller. Deux ans plus tôt, les écrans du monde entier étaient envahis par la présence ô combien imposante et charismatique des Stormtroopers et de Dark Vador. Ici, nous avons droit à une série de robots sentinelles pathétiques, se déplaçant par à-coups comme les androïdes de la science-fiction rétro des années 50. Quant à Maximilian, l’alter ego mécanique du "méchant" du film, s’il bénéficie d’un design plutôt réussi, il ne parvient jamais à impressionner réellement. Et que dire de l’équipage du Cygnus, transformé en morts-vivants semi-mécaniques ? Quand ? Comment ? Pourquoi ? Mystère… Une seule chose est claire : ils sont là pour rappeler que le savant fou est bel et bien devenu fou.
Je me souviens que, petit, j’étais fasciné par un album d’autocollants offert par ma tante, qui retraçait justement les événements du film. J’étais captivé par le design des petits robots V.I.N.CENT et B.O.B. et, bien que je n’aie pas vu le film à l’époque, je me torturais l’esprit en essayant de comprendre pourquoi l’un était un joli robot joufflu et rond, tandis que son jumeau semblait tout cabossé et anguleux.
Voilà ce que pouvait offrir ce film : un vague intérêt pour un jeune public. Mais attention, certaines scènes macabres sont au rendez-vous, soulevant des interrogations sur la pertinence du film. Ni tout à fait space horror, ni tout à fait film pour enfants.
Alors, The Black Hole, qu’est-ce que c’est au juste ? Dans ce naufrage total, au sens figuré comme au sens propre, que pouvons-nous sauver ?
Peut-être le design du Cygnus, son atmosphère majestueuse et ses détails. Mais là encore, la salle de réception avec son grand lustre en cristal et son mobilier XVIIIe siècle témoigne d’une conception déjà dépassée (même en 1979) de la science-fiction.
Et puis, il y a certainement le jeu de Maximilian Schell, seul rescapé du désastre. Lui, au moins, semble vraiment y croire, s’abandonnant pleinement à la folie narcissique de son personnage. Au final, c’est aussi le seul qui agisse de façon plus ou moins cohérente du début à la fin.
Justement, parlons en, de la fin. Ou pas? Complètement lunaire et bâclée, je n’ai plus assez de mots pour ça: les paroles ont trop de valeur pour les gaspiller à vous décrire comment se termine l'histoire (spoiler: en queue de poisson pourri...).
Au final, The Black Hole est un étrange objet cinématographique, coincé entre deux époques et incapable de trouver sa place. Trop naïf pour rivaliser avec la science-fiction sérieuse, trop kitsch pour soutenir la comparaison avec les succès contemporains, trop sombre pour un jeune public, mais trop maladroit pour être un véritable space horror. Il reste un film à la dérive, perdu dans son propre trou noir créatif.
S’il conserve un certain charme rétro et quelques fulgurances visuelles, son scénario bancal, son casting mal exploité et ses choix esthétiques datés en font un film difficile à défendre, sinon par pure nostalgie. Il n’est ni un classique oublié, ni un nanar jubilatoire : juste un ratage fascinant, témoin d’une époque où Disney cherchait encore sa voie dans le cinéma de science-fiction.
Peut-être méritait-il mieux. Peut-être aussi n’y avait-il, dès le départ, pas grand-chose à sauver.