"Ceci est pure fiction et pure fantaisie sans aucun rapport avec la réalité"
Que penser de ce nouvel Almodovar, plus proche d'une caricature poussive de "Femmes au bord de la crise de nerf" que de la subtilité, l'humour et la force dramatique d'un "Volver" ou encore du plus récent "La piel que habito" ? Que c'est un pur moment de détente. Que l'Almodovar que l'on connait est toujours présent à chaque plan. Il n'a pas disparu, il a juste perdu quelque chose de sa subtilité. L'intérêt de son film ne dépasse certainement pas l'1h30 qu'il dure. Oui, ce n'est objectivement pas un bon Almodovar même s'il raconte partout dans la presse qu'il a fait une métaphore de la situation économique espagnole où il ne fait pas bon atterrir sur une piste d’atterrissage d'un aéroport jugé non viable et dont le responsable de l'arnaque se trouve dans l'avion, ironie du sort.
Dans cet avion rien ne sonne juste mais dès le début, par ces mots Almodovar nous prévient "pure fantaisie" clame-t-il d'entrée de jeu par un intertitre. Ne cherchons alors plus la vraissemblance. Tous sont poussés au paroxysme du cliché jusqu'à en devenir des personnages burlesques et finalement attachants (comme si tous les personnages de son cinéma se retrouvaient dans un avion). De la vieille vierge voyante persuadée qu'elle va perdre sa virginité, à l'équipe des stewarts peuplés d'homosexuels tous plus caricaturaux les uns que les autres, on voit dès le début que le parti pris n'est pas le sérieux. Et que ceux qui s'étonnent de cette représentation poussive de la figure du gay (oui j'ai même pu lire que ça pouvait rendre homophobes, les gens n'ont plus de limites quand même ^^), qu'ils regardent à nouveau les films d'Almodovar, où l'extrême est toujours mis en avant, où la différence s'affirme et se montre toujours comme telle (Agrado dans "Tout sur ma mère"), où le sexe domine toujours les relations (" Talons aiguilles" / "Femmes au bord de la crise de nerfs"). Oui, les thèmes chers à Almodovar sont ici présents teintés d’invraisemblance et de surenchère, c'est un moment de ""cracage""" total, où tous les codes sont dépassés, jusqu'à l'arrivée dans cet aéroport vide, glauque, où chacun se sépare, se rabiboche, se quitte pour toujours ou s'aime encore...
Un moment passager, pas d'une grande subtilité, mais qui se veut comme une parenthèse burlesquo-sexuelle (ce terme n''existe pas, je sais), qui ne s'éloigne pas tant que ça de l'univers d'Almodovar, qui sait toujours aussi bien mélanger les genres et passer d'un film à l'autre du drame hyper humain à la comédie hyper fantaisiste.... C'est léger comme un jeté de chapeau dans la mousse ... Rien de transcendant, rien de révoltant non plus, une parenthèse, presque hui clos, dans le cinéma d'Almodovar, toujours hanté par cette différence exagérée qu'il ne cesse de mettre en scène dans tous ses films !