J'aime lorsqu'un film sort des sentiers battus, lance des fausses pistes et se trouve être finalement assez inqualifiable. Les chambres rouges c'est un peu ça. Le film commence comme un film de procès sur un tueur en série, on a un long plan séquence où l'ont suit la plaidoirie du procureur, puis de l'avocat de la défense, c'est long, on en oublie presque que le film s'ouvrait sur une jeune femme qui dormait devant le tribunal et qui assiste à l'audience et que par conséquent elle est sans doute le personnage principal de toute cette histoire.
Juste un bref mot sur le décor du tribunal, qui je suppose est le vrai tribunal de Montréal, il est parfait, tellement à l'oppose des vieux tribunaux en bois qu'on a l'habitude de voir dans les films, là tout est blanc, moderne, froid. Le décor est immédiatement planté.
Et le début donne envie, on a envie de voir ce procès, de voir comment la défense va pouvoir instiller le doute dans l'esprit des jurés sur la culpabilité de l'accusé. Mais le film s'en désintéresse pour nous montrer un début d'amitié entre deux femmes qui assistent à ce procès. On nous dit immédiatement que l'une d'elle pense que l'accusé est innocent, mais l'autre on ne sait pas du tout ni ce qu'elle pense, ni pourquoi elle est au procès...
Le spectateur peut explorer plusieurs hypothèses, peut-être qu'elle veut la culpabilité de l'accusé car elle a un lien avec cette histoire, peut-être qu'en fait elle pense aussi qu'il est innocent, peut-être que c'est une groupie comme il y en a souvent pour les tueurs en série ? En plus le personnage est mystérieux, c'est une hackeuse, froide, calculatrice (un peu très d'ailleurs ça fait par moment limité cliché). Disons que plus le film avance plus on est perdu parce que le personnage principal nous échappe totalement. Disons que c'est assez rare de proposer ça dans un film et donc c'est d'autant plus intrigant.
On sent qu'il y a une tension qui monte, on ne sait pas trop pourquoi d'ailleurs, mais on voit bien que tout ça devient oppressant...
J'aime beaucoup les deux actrices, notamment la scène où elles font leur squash où je sais pas quel jeu de raquette, parce qu'on voit que la plus jeune des deux est totalement mal à l'aise, elle remet son t-shirt, on voit des scarifications sur ses cuisses... Aucun personnage de le mentionne dans le film, mais c'est là, ça participe à rendre le personnage crédible (même si en général les filles paumées amoureuses des tueurs en série ne les croient pas innocents).
Et puis il y a le moment qui est le point de bascule du film, le moment où cette jeune femme voit les vidéos des meurtres, sa réaction, la réaction de sa nouvelle amie, on sent qu'il se passe réellement quelque chose de pas net du tout et c'est là où le film va devenir un peu n'importe quoi. Il ne sort pas totalement de son ambiguïté mais va dévoiler la véritable nature du personnage principal (qui reste malgré tout assez insondable). On a un film qui devient encore plus angoissant et étrange... ça fonctionne très bien, c'est efficace, mais le personnage principal me dérange quand même un peu, je le trouve peut-être un peu excessif, disons que j'ai un peu plus de mal à y croire...
Alors que dans le film tout est fait pour la rendre crédible ainsi que ses actions... C'est l'un des films où l'informatique m'a l'air le moins malmené... Ils ont dû avoir un bon consultant.
Mais en sortant du film je me sens manipulé, oui j'ai aimé, oui j'ai trouvé ça angoissant, mais il y a un petit arrière goût qui me dérange un peu comme si on m'avait pris pour un con avec un film très froid, un personnage principal très classe et intrigant, pour finalement faire accepter un peu n'importe quoi sur la fin en disant : les gens interpréteront...