Quel plaisir de voir le cinéma français s'aventurer au croisement de ces genres si complémentaires que sont le polar et la SF.
L'intrigue, comme toujours lorsqu'on parle d'androïdes, tourne encore autour des mêmes questions de conscience, de révolte, de piratage et du capitalisme (évidemment pour le dénoncer, sinon c'est pas marrant)...mais de façon plus subtile que dans la plupart des oeuvres de ce genre. Par exemple, la confrontation avec le magnat de la tech qui aurait pu être un grand méchant de série B (ce n'est pas du spoil, tant la vraie surprise serait qu'un milliardaire soit un gentil dans une oeuvre cyberpunk) laisse rapidement place à un face à face tendu avec une multitudes d'actionnaires, muets et anonymes, abandonnant la trop facile personnification individuelle du Mal, à laquelle cède souvent le genre.
L'enquête policière se suit avec autant de plaisir que l'immersion dans un nouveau monde remarquablement conçu, aux côtés d'une héroïne attachante dans ses imperfections, au gré de rebondissements souvent inattendus (bon après ce n'est pas du Fincher non plus, n'attendez pas de twist énorme ou de retournement de cerveau).
Côté animation, tout n'est pas toujours parfaitement fluide mais ça n'impacte en rien le rythme des scènes d'action, et ça donne même une jolie patine contemplative, un peu à la manière de Perfect Blue (même si on est à des kilomètres sur le plan technique).
Même si je n'ai pas apprécié l'interview des équipes de production sur Ecran Large, qui me parait totalement démolir la subtilité de la charge dénonciatrice (en gros, pour eux, les robots c'est "les noirs, les gays, et tous les opprimés" woaw excusez du peu, ils auraient dû rajouter Chomsky et Michael Moore dans la bibliothèque de la disparue au lieu de s'en tenir à Hegel), je m'efforcerai de ne prendre en compte que les qualités intrinsèques du film pour le noter comme ce qu'il est : le meilleur film français de 2023, dont j'espère que l'influence se fera durablement ressentir sur ses successeurs.