Quel intérêt y a-t-il à aller voir une pièce de théâtre au cinéma ? C'est ce que j'ai pensé en voyant ce film tiré de la pièce de Patrick Sébastien, d'autant que la transposition à l'écran, comme c'est bien souvent le cas, est ratée ! Les deux genres de spectacle sont complètement différents et un film a besoin d'espaces, d'images, d'actions alors qu'ici on doit se contenter de la partie de pétanques sur la place du village autour d'un apéritif anisé : que d'horizons manqués ! Cette aventure aurait pu s'appeler tout simplement la "femme du boucher" tant l'inspiration semble provenir de "la femme du boulanger" mais ici le fil rouge de l'histoire est une intrigue policière cousue de fil blanc, mais plutôt amusante à découvrir à défaut d'être palpitante. Sacré Sébastien ! Ici, le film "le boucher" de Jean Yanne semble avoir été une autre source d'inspiration. Mais pour en revenir au rôle du mari cocu, Patrick Sébastien est loin d'égaler le talent dramatique de Roger Hanin dans cet exercice, surtout quand on traîne le passé comique de l'ex imitateur. Le casting frise l'indigence : peu de participants (comme au théâtre) et une qualité médiocre ! Le couple de cafetiers est franchement mauvais et on n'y croit guère : on a vu bien meilleurs dans ce rôle. Même le représentant de la maréchaussée n'est guère crédible.
Faute de réelle compétition, Danielle Lebrun n'a guère de mérite à émerger du lot d'acteurs comme la plus talentueuse de la troupe : son expérience, son métier, la justesse de son jeu creusent une énorme différence avec les autres dans un genre de rôle où elle est parfaite il est vrai. Autre star, Sévastien est omniprésent mais facile de faire croire qu'on est un salaud quand on a l'habitude d'être sympathique !
Quant à Jacques Malaterre le réalisateur, avec le peu de moyens dont il disposait, il a su apporter sa pierre à l'édifice : la rumeur qui enfle, qui enfle dans ce village est superbement dépeinte, tout comme les badauds du fait divers. Là où il ne se passe jamais rien, ils viennent assister à la curée, agglutinés derrière des grilles de protection et attendent la mise en examen du boucher devenu animal malade de la peste. Mais quand on connaît le tempérament de patron de Patrick Sébastien, touche à tout qui veut tout diriger et tout faire lui-même, on peut se demander si le réalisateur a eu les coudées bien franches. Toujours est-il qu'avec un peu plus de travail, ce film qui semble avoir été fait à la hâte, aurait pu être bien meilleur. Patrick, je t'aime mais t'ai connu plus exigeant.
Le 29.10.2014 sur France 2