Avec Le Visiteur du Futur, François Descraques nous avait montré qu'il pouvait se tenir entre-deux, un pied dans le bon, l'autre dans le moyen (voir le médiocre), libre de basculer d'un côté ou de l'autre. Avec ce petit film directement sorti sur plateforme et tourné pour le fun, il bascule du côté obscur.
Mortelle raclette prend le pari d'assumer d'un bout à l'autre la débilité de son intrigue et de ses personnages, tout comme son étalage des clichés des genres auxquels il emprunte (comédie et horreur). A la limite, cela pouvait passer ; sauf que, comme le dit à sa manière Alexandre Astier dans "Kaamelott", pour que la débilité fonctionne, il faut qu'elle soit inattendue. Et c'est bien en cela que la mécanique du film s'enraye rapidement : tout est trop sage, trop attendu dans ses gags. Aucune surprise n'est au rendez-vous dans ce court long-métrage qui ne fait ni rire ni peur ; la comédie se résume à une suite de blagues forcées (à force d'en empiler, une ou deux font sourire, mais c'est tout). Quant à l'horreur, elle est tellement stéréotypée qu’elle ne provoque rien. Descraques joue avec les codes et les passages obligés attendus par le spectateur, mais ne les décale jamais. Aucune prise de risque, aucune scène un peu gore, ou qui viendrait titiller le spectateur dans un sens ou dans l'autre : tout est désespérément lisse. Même la partie "érotisme" (dont on n'attendait pas grand-chose, et à raison, car elle ne servait que le but comique du récit) réussit l'exploit d'être décevante. Le porno tourné par les héros est quand même le seul film X au monde où les acteurs gardent leurs vêtements durant les scènes de sexe ! (Et vu que l’antagoniste est censé être gymnophobe, ça ruine le peu de cohérence qui restait).
En bref, on s'ennuie. On s'ennuie et on s'agace, car ce Mortelle Raclette qui se voudrait généreux brille pourtant par sa paresse. Pour compenser son intrigue qui met beaucoup (trop) de temps à démarrer (sur une heure de film, on a au moins une demi-heure de blablas et de gags qui tombent à plat), le metteur en scène l'emballe dans une mise en scène maniérée, soigne ses décors, ses costumes et ses cadrages, fait de jolis inserts sur la montagne et de chouettes plans débullés pour les moments où l’angoisse monte. La première fois qu'on les voit, on se dit « ah, c’est sympa ». Mais comme ils se répètent ad nauseam, ces procédés puent vite le cache-misère. Les citations d'Anatomie d’une chute, de X ou encore de Psychose, qui se voudraient un joli hommage cinéphile, sont aussi téléphonées que le reste. La cerise sur le gâteau restant ce twist final totalement poussif et mal raccordé au reste de l'intrigue, à croire que Descraques ne savait pas trop comment conclure et y est allé à l'impro.
En fin de compte, on se demande si cette bêtise affichée du scénario n'est pas davantage un prétexte à ne rien foutre de son film qu’une volonté d'amuser le spectateur. Cette raclette n'est pas mortelle, mais elle est sacrément faisandée.