Avant je m'amusais avec le nom de ce film, mais ça c'était avant...
Steven Spielberg nous présente ici ce qui va devenir un tournant dans son cinéma. Le film qui oscille entre le biopic, le film d'époque et l'histoire vraie. Autrement dit ce n'est pas son cinéma le plus intéressant, comme en témoigne son récent "Lincoln", car "Cheval de Guerre" à défaut d'être un excellent film, demeure tout de même une belle histoire bien racontée. J'appréhendais un peu le visionnage de "Munich", et le constat au final s'avère assez surprenant.
Les 2h40 ont au premier abord de quoi refroidir, et la vraie surprise du film réside, dans ce rythme plutôt soutenu, bien que quelques petites longueurs soient présentes malgré tout, cela dit c'est assez infime. Le film est passionnant, cette histoire est mise en scène avec beaucoup de passion, on ressent vraiment l'importance du sujet pour Spielberg, et il est d'ailleurs intéressant de voir dans les dialogues à quel point ce réalisateur est capable de prendre beaucoup de recul sur sa propre condition, tout en nous livrant un film personnel.
Il est vrai que ce tournant dans la filmographie de Spielberg est assez intriguant mais tout à fait compréhensible, le bonhomme est dans une phase de questionnement depuis plus de dix ans. La sagesse de l'âge peut-être ? Ou bien la volonté de faire des œuvres plus ambitieuses après les grands succès populaires ?
Quoi qu'il en soit, sur ce registre, Spielberg demeure assez inégal, ses derniers films sont bons, mais il y a toujours un côté assez manichéen dans le propos, ce qui peut vraiment déranger dans un film comme "A.I: Intelligence Artificielle" par exemple. Dénaturant le propos et prenant position pour parler de la dualité du bien et du mal, alors que le sujet pouvait aller plus loin.
Dans "Munich" il y a du manichéisme, c'est certain, cependant les personnages proposent une vraie réflexion sur cela, et c'est très intéressant.
Le film nous parle de la vengeance, de la quête de rédemption, des choix, de la famille etc... sans pour autant partir dans tous les sens, pour au final nous livrer un portrait humain plutôt convaincant et tout en nuance. C'est peut-être d'ailleurs l'un des derniers Spielberg les plus aboutis.
On ressent également un changement dans la manière de mettre en scène, "Lincoln" dans sa mise en scène était très calibré Oscar par exemple, film à recevoir des prix en tout cas. C'est un peu la même chose dans "Munich" mais de manière plus subtile, le film étant beaucoup plus personnel, nous sommes au plus près du ressenti du personnage principal. La mise en scène joue là-dessus et devient intimiste, presque indiscrète parfois, c'est assez intéressant de voir ce réalisateur s'essayer à cet exercice. D'autant plus qu'Eric Bana dans le rôle principal est très juste, pas transcendant mais vraiment beau à voir jouer, il y a une vraie implication dans le rôle.
Les seconds-rôles comme Geoffrey Rush, Daniel Craig, Mathieu Amalric ou encore Mathieu Kassovitz sont également approfondis, et les acteurs s'en sortent très bien, notamment Amalric et Rush.
John Williams quant à lui compose une bande-originale correcte mais pas inoubliable, il y a de bonnes envolées lyriques, mais jamais vraiment de thèmes que l'on retient et c'est assez dommage. Surtout sur ce genre de long-métrage, c'est toujours agréable de pouvoir associer une musique particulière à un sujet assez fort comme celui-ci.
Il ne s'agit donc pas ici du meilleur Spielberg, néanmoins "Munich" est l'un de ses derniers films les plus aboutis, bien qu'il ne marque pas intensément, il est tout à fait honnête avec ce qu'il promettait, et sait demeurer passionnant sur sa durée. A découvrir si l'on s'intéresse au réalisateur ou au sujet du terrorisme, ou bien encore si les films de vengeance sont notre tasse de thé, pour le coup c'est beaucoup plus intéressant qu'un "Taken".