Un film fabuleux ! Puisant dans un univers post-apo dystopique qui garde des éléments moderne et archaïque (steampunk ? solarpunk ?), Miyazaki nous propose une histoire à portée écologique qui dénonce clairement le nucléaire et le principe de dissuasion nucléaire. Toutefois, outre ces deux messages flagrants et centraux au récit lui-même, il ne faut pas oublier l’univers extrêmement riche qui est développé, avec ses propres règles, ses technologies, son histoire, son contexte et, surtout, sa faune et sa flore.
Bien sûr, on peut associer très rapidement le film aux omûs, ces insectes monstrueux et pourtant majestueux, qui sont une allégorie de la force de la nature, se son implacabilité. Mais le plus marquant est sans doute la forêt toxique, dans ce qu’elle représente symboliquement, ce lien entre passé, présent et futur, cet équilibre que l’humain cherche à détruire parce qu’il le menace au lieu d’essayer de se développer en harmonie. Si les géants sont clairement l’allégorie du nucléaires, on comprend qu’ils n’en sont pas à l’origine même si leur apparition semble mystique, presque légendaire.
On le retrouve dans l’aspect géopolitique avec deux factions qui s’affrontent pour prendre le contrôle du géant, au détriment de la valée du vent, on voit aussi que cette lutte n’est pas manichéenne. Chacun des royaumes s’affrontent selon ses convictions, selon ses propres blessures, et est prêt à tout pour prendre le dessus sur l’autre dans cette inexorable course à l’armement, car chacun se considère dans son bon droit. On le voit très bien avec Kushana, qui se montre prête à tout pour pouvoir sauver son empire, Kurotawa qui a l’ambition de prendre le pouvoir mais n’est pas idiot non plus, ou bien les habitants de Pejite qui pensent réagir à une agression. Ce qui amène au deuxième message central du récit : son pacifisme, incarné par Nausicaä.
Nausicaä sera d’ailleurs un personnage extrêmement intéressant. Indépendante comme très souvent chez les héroïnes de Miyazaki, elle se laisse surtout aller à ses émotions et celles-ci ne lui sont pas reprochées. Certes, ses actions sont jugés par les autres personnages, mais elle tient bon ses convictions pacifistes et cela se paye à la fin du film (bon, même si c’est extrêmement bizarre et qu’on peut aussi reconnecter avec la figure christique). Même si elle n’hésite pas à avoir recours à de la violence, c’est la paix qu’elle apporte qui sauve le monde car elle est guidée par cette profonde empathie envers tous les êtres vivants. On retrouve cet aspect-là chez Yupa aussi, considéré comme le plus grand duelliste et pourtant il ne prend aucune vie. La violence est présente, les personnages y ont recours, mais le film nous en montre toutes les conséquences dramatiques, tragiques, et le traumatisme que cela peut engendrer aussi bien chez nous que dans notre environnement.
Nausicaä de la vallée du vent est sans doute l’un des meilleurs Ghibli, de par son récit et les messages qu’il porte, mais aussi par ses personnages forts et subtils. Son animation fluide, riche en détails, et sa musique seront tout aussi incroyables pour rendre le tout extraordinaire.