Je ne connaissais pas du tout le photographe Edward Burtynsky et loin de moi l'idée de critiquer son travail. D'un point de vue artistique, je ne suis pas qualifié. Et d'un point de vue politique, le peu que le film laisse entrevoir montre qu'il fait des conférences et qu'il essaie de sensibiliser le public occidental.
Là où j'ai beaucoup plus de mal avec le film (qui est réalisé par une Canadienne si j'ai bien compris), c'est qu'il vise très clairement un fautif dans la construction de son analyse : la Chine; son expansion démentielle, sa démographie galopante, la politique gouvernementale de rupture de l'équilibre entre vie urbaine et vie rurale.
Mais le documentaire insiste sur le caractère sans précédent de ce bouleversement, alors qu'évidemment, à une échelle moindre et sur un laps de temps beaucoup plus long, notre planète a vécu à plusieurs reprises ce genre de mutations : la conquête de l'Ouest américain étant l'exemple le plus frappant.
De plus, si on s'en tient au discours "vilains Chinois pères de tous nos maux", les spectateurs peu informés peuvent repartir de la séance complètement démunis et sans solution face à ce fléau.
Alors que si on regarde l'histoire d'un peu plus près, la Chine a évidemment sa part de responsabilité, mais c'est l'équilibre du monde globalisé qui veut ça. Tout le secteur secondaire mondial a été délocalisé en Chine avec l'accord tacite du monde occidental. Si la Chine construit ces usines, ces centrales et ces barrages, c'est pour tout fabriquer à notre place.
A plusieurs reprises, le film montre que ce n'est pas du tout l'angle adopté.
A un moment; un travailleur dit à la caméra "C'est dur, mais je fais ça pour mon pays".
A un autre moment, il est dit que l'accroissement de la demande en pétrole est uniquement pour soutenir l'activité intérieure. Certes, mais l'activité intérieure a comme client final l'Occidental. Ce n'est jamais dit !
Toute la partie sur l'urbanisation relève également de l'anecdotique.
Je ne cherche pas du tout à dédouaner le gouvernement chinois mais simplement à remettre un peu de la responsabilité sur nos épaules, ce que le film ne parvient pas à faire, ou très mal.