Le triomphe de La guerre des étoiles fut profitable non seulement à la Fox mais aussi à Robert Altman, qui a pu ainsi réaliser quatre films dans la foulée, avec des budgets très réduits que le studio lui accordait sans soucis, étant donné les centaines de millions engrangés. Mais ces films, dont le formidable 3 femmes, furent tous des échecs, ne laissant guère le choix à Altman que d'accepter (se rabaisser ?) à tourner une commande. A savoir une adaptation filmée du dessin animée Popeye pour laquelle, fait inédit, Disney va s'allier avec la Paramount pour proposer un budget maousse costaud.
C'est alors que l'esprit subversif d'Altman fit des siennes, tout d'abord en imposant Shelley Duvall pour le rôle d'Olive, au lieu de Lily Tomlin, de tourner à Malte pour être loin des directives des Studios, et de placer un gros mot dans le film (Shit), ce qui n'était jamais arrivé auparavant dans une production Disney.
Mais si Popeye a été mis en chantier, c'est aussi pour proposer un grand rôle au débutant Robin Williams, dont les capacités comiques étaient déjà là, pour proposer un Popeye crédible au regard du dessin animé.
On le voit avec sa casquette de marin, avec les avants-bras hypertrophiés, et qui marmonne aussi sans arrêt avec un œil droit constamment fermé, qui se rend dans cette île de Sweet Heaven à la recherche de son Poppa. Ce bout de terre est gardé par un certain Brutus, qui est également le fiancé d'Olive. L'une des qualités du film est de respecter constamment, trop peut-être, son matériau d'origine, tout d'abord avec la très grande ressemblance des acteurs, en particulier Shelley Duvall, et également de proposer des gags qu'on verrait dans un dessin animé. A savoir le poignet de Popeye qui tourne sur lui-même avant de frapper, les roulades qu'il fait quand il prend un coup de poing, ou qu'il tourne sur lui-même, au point de faire un trou dans le sol.
Beaucoup de ces trucages sont faits à l'ancienne, et il faut dire que ça marche plutôt bien, donnant un côté slapstick pas désagréable.
L'autre grande particularité du film est que c'est une comédie musicale. Après, ça reste subjectif, on aime ou pas les chansons, mais là aussi, il y a une fidélité. Jusqu'à inclure plusieurs fois le fameux thème de Popeye qui devient fort, car les épinards n'arrivent que très tardivement dans le récit.
C'est toujours étonnant de se dire que l'anticonformiste Robert Altman se retrouve aux commandes du plus gros film de sa carrière, mais on reconnait ça et là sa patte, avec cette volonté de faire beaucoup de plans larges, comme si il ne voulait pas qu'on voie de trop près Popeye, et ce côté choral où tout le monde parle en même temps. Sans oublier Robin Williams, que je trouve assez drôle dans ses borborygmes.
Au final, Popeye est aujourd'hui un film complètement oublié dans la carrière d'Atlman, que lui-même n'aimait pas beaucoup, qui a eu de graves problèmes sur le tournage (le producteur arrêté en possession de drogues, et Robin Williams qui en consommait également), et va causer au réalisateur une traversée du désert dont il ne reviendra qu'une dizaine d'années plus tard avec The player.
Mais j'avoue avoir une certaine tendresse, avec quand même certains défauts, comme cette lumière très moche, ou le côté incessant du récit, mais qui m'a donné presque envie de manger des épinards.