Après des années à me faufiler entre les mailles du filet, à prendre la tangente cinématographique à chaque possibilité de visionnage, voilà qu'un beau jour de juillet 2023 j'ai finalement décidé de regarder mon premier Kurosawa.
Et commençons par éluder tout ce qui n'a aucun intérêt à être mentionné pour autre chose que sa perfection : la réalisation, le montage, la photographie, bref la forme du film en général, tout est absolument brillant. Voilà c'est dit c'est fait, le mec possède un talent fou et j'ai hâte de me plonger dans la suite de sa carrière.
Mais mais mais mais mais voilà
La distance à la fois culturelle et temporelle entre moi et le Japon des années 50 filmant le Japon du début du millénaire, le gap est parfois trop grand, et certains choix paraissent aujourd'hui difficilement compréhensibles. Le premier étant le traitement de la question du viol, et de la place de la femme en général qui est systématiquement, par tous les personnages du film, présentée comme co-responsable de son viol. Si je n'ai aucun doute quant au fait que ça correspond à une image probablement réaliste du Japon de l'ère Helan, le fait qu'à aucun moment le moindre personnage, y compris la femme, ne semble le considérer comme autre chose qu'un adultère, rend le traitement du sujet hautement compliqué à regarder aujourd'hui.
Le deuxième point est un point de forme : je sais à quel point son importance est grande donc je ne me permettrai pas de juger l'intégralité de son jeu à ce film, mais j'ai trouvé la performance de Toshiro Mifune insupportable. Cette façon de bondir les yeux exorbités dans tous les sens tel Jacques Santini avec un scorpion dans le slibard est épuisante. Et encore une fois, je me doute d'où ça vient, j'imagine bien que ça fait référence à un style de jeu dont je connais peu de choses, mais toujours est-il qu'en 2023 dans mes yeux de français c'est difficilement regardable.
Restent deux choses : le traitement du mensonge et de la nature humaine absolument fou, et cette scène incroyable où au moment de s'affronter pour décider de qui repartira avec la femme, on réalise qu'aucun des deux gros virilos qui roulent des mécaniques depuis le début du film ne sait réellement se battre, et finissent de s'affronter dans un espèce de chat perché ridicule mais mortel.