Le journal de l’âne Frank
Serpico est un des seuls Lumet que j'aie eu l'occasion de voir dans ma vie. Je sais, j'ai honte. Mais je me soigne ! Le trouver à petit prix dans un bac DVD tout récemment m'aura donc permis de le redécouvrir, de nombreuses années après un premier visionnage qui déjà à l'époque, m'avait convaincu.
Basé sur une histoire vraie, le film nous narre donc les tribulations de Frank Serpico, policier intègre, bon flic, qui en plus d'être efficace sur le terrain, va peu à peu se mettre tous ses collègues à dos en luttant de tout son être contre la corruption qui gangrène les forces de l'ordre de la ville de New York.
UNE MONTANA GRAVIR: UN RÔLE SUR MESURE POUR AL PACINO !
La descente aux enfers du héros est progressive, comme en témoigne son look, de plus en plus hippie et débraillé, et son mental, mis à rude épreuve ira jusqu'à flirter allègrement avec la folie. Pacino est impressionnant. Il semble si inoffensif au début de l'histoire, au point de devenir la risée de ses confrères, de par son look, sa moustache puis sa barbe, et sa nature fluette, en comparaison avec les autres membres du NYPD.
Et peu à peu, alors qu'il est plus acculé chaque jour, au bord de la rupture, la bête se réveille, jusqu'à devenir un véritable danger pour les ripoux. Jusqu'à devenir de moins en moins vivable, pour ses proches.
(Presque) seul contre tous, notre bon flic escaladera jusqu'aux plus hautes autorités, pour défendre son idéal, et redonner ses lettres de noblesse à une NYPD pourrie jusqu'à la moelle. Je dois d'ailleurs confesser qu'à mon sens, Al Pacino a une gueule d'enfer une fois emmitouflé dans sa barbe !
SCARS ON BROADWAY
Frank Serpico se bat contre des moulins, et dans sa quête, il croisera la route de plusieurs personnages, des "gueules", qui l'aideront, ou le couleront. Tauber (Allan Rich), Steiger (James Tolkan), Lombardo (Edward Grover) ou encore Chief Green, campé par le très bon John Randolph, parmi tant d'autres. Lumet filme sobrement, le visuel est assez brut, ce qui maximise l'effet réel de la pellicule.
Mais Serpico, ce sont aussi des moments plus légers, où la tension se dissipe, au profit de répliques bien amenées, à l'image de la rencontre avec sa voisine:
"You know what they say, don't you ? If you love a man's garden, you gotta love the man ! "
Et d'autres, plus drôles encore, que je vous laisse le plaisir de découvrir, si vous n'avez pas encore vu le film.
Finalement, ce fut un énorme bonheur de revoir ce Sidney Lumet. Film noir et réaliste avec en toile de fond des strates politiques et judiciaires new-yorkaises sombres comme jamais, Serpico est en plus un très bon divertissement paré de dialogues intelligents, et d'un acteur principal au sommet de son art. Un conseil donc: ne faites pas "l'impasse" sur ce Pacino !