Six years of Summer
Delius : Song of Summer, téléfilm pour la BBC réalisé par Ken Russell en 1968, raconte les six dernières années du compositeur classique anglais Frederick Delius, aveugle et partiellement paralysé...
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le 4 oct. 2015
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Delius : Song of Summer, téléfilm pour la BBC réalisé par Ken Russell en 1968, raconte les six dernières années du compositeur classique anglais Frederick Delius, aveugle et partiellement paralysé depuis déjà plusieurs années suite à une contraction de la syphilis. Durant ces six années, il fut aidé par le jeune pianiste Eric Fenby qui lui permis de composer de nombreuses oeuvres avant sa mort dont notamment le Song of Summer éponyme.
Dans ce genre de biopics, il y a deux types d'approches courantes : celle de prendre le "génie" comme personnage principal et d'en faire un portrait qui sonderait son talent et ses névroses, ou celle de prendre un personnage extérieur qui serait témoin tout comme le spectateur du "génie", à la fois mythifié et profondément humain. C'est à cette seconde catégorie qu'appartient le film de Russell, qui va principalement mettre en scène au cours de ces 72 minutes la relation entre le compositeur et le jeune homme. Mélangeant admiration, collaboration artistique et amitié, cette relation est accompagnée par la présence de la femme de Delius. Une femme forte mais profondément triste, qui assistera son mari avec une dévotion incommensurable jusqu'à elle aussi souffrir de sa vieillesse.
Le film est globalement sobre, déploie calmement son récit au gré d'une voix-off discrète et de quelques incursions de la musique de Delius. Même si le grain très lisse de l'image rappelle tout de suite qu'il s'agit d'un téléfilm, Ken Russell ne se prive pas pour autant de mise en scène et met principalement l'accent sur deux procédés.
Le premier, qui est d'ailleurs un choix que je ne comprends pas, est l'utilisation du zoom. Il y a bien là un désir de cristalliser les émotions des personnages, mais pourquoi pas de travellings ou plus simplement d'user du montage ? On aurait pu parler de pudeur de la place de caméra si cela avait été un documentaire, mais ici le zoom paraît du coup presque racoleur, une manière d'attendrir plus facilement le spectateur. La fin est d'ailleurs en cela purement mélodramatique et dénote un peu par rapport au reste du film. La question du budget y est peut-être pour quelque chose, mais il n'empêche que cela m'a écarté des émotions que j'aurais pu ressentir à ces moments.
L'autre procédé est celui de mettre des extraits de compositions de Delius comme bande-originale du film. Un choix judicieux tant certaines séquences comme le vol d'oiseau ou la course dans les bois en sont sublimées, mais malheureusement parfois un peu grossièrement appliqué. Cela donne encore une fois l'impression d'un surlignage, de profiter de la seule beauté de la composition pour créer de l'émotion, qui disparaît aussi soudainement qu'elle apparaît.
J'emploie des mots sans doute trop sévères pour la réalité de ce que le film est, ma déception accentuant peut-être mon cynisme envers une émotion parfois facile. Mais, oui, j'ai beau essayer de me convaincre que le film est d'un lyrisme parfaitement dosé et poétique, d'une beauté à couper le souffle, je me retrouve à chaque fois à songer aux mécaniques de mise en scène du film malgré son évidente sincérité.
Avec ce film, Ken Russell rend hommage à ce grand compositeur qu'était Frederick Delius, mais n'oublie pas non plus d'évoquer son caractère légèrement misanthrope, anti-religieux et méprisant. Dans ce petit coin de campagne se loge par moments une grande beauté, un lyrisme sincère et parfaitement orchestré. Un peu trop à mon goût, probablement.
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le 4 oct. 2015
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