Le premier long-métrage de la Tunisienne Erige Sehiri est un huis-clos à ciel ouvert, une journée de cueillette, sous les figues d'un grand verger, exactement. Un film de soleil et de lumière (quelle photo somptueuse !) avec des dialogues vifs en dialecte berbère qui sonnent juste, avec des comédiens amateurs manifestement doués, surtout les personnages féminins que la mise en scène fluide de la réalisatrice auréole d'une grâce infinie. L'on s'interpelle, l'on chahute et l'on y drague aussi dans un marivaudage qui n'oublie pas de résonner socialement, sur la place d'une génération de femmes, dans une société tunisienne où elles étouffent, à la recherche d'une émancipation difficile à conquérir, sous le regard un tantinet affolé d'hommes qui ont du mal à comprendre cette effronterie vis-à-vis de leurs privilèges ancestraux de domination. Erige Sehiri dit admirer le cinéma de Kiarostami mais on pourrait citer d'autres influences aussi diverses que les films d'Emmanuel Mouret ou Riz amer de Giuseppe de Santis. C'est un film qui témoigne aussi d'une sororité puissante mais aussi inquiète quant à un avenir difficile à imaginer pour ces jeunes filles, une fois leur travail d'été terminé, à l'ombre des figuiers en fleur. Quoi qu'il en soit, l'on reste charmé par la beauté d'un film qui rend un si bel hommage à la féminité et à une nature prodigue en richesses.