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Après le douteux Du Sang et des larmes (2013) les très bons Deepwater, Traque à Boston (2016) et Mile 22 (2018) Spenser Confidential marque la cinquième collaboration entre Mark Wahlberg et Peter Berg qui égalent ainsi les collaborations DiCaprio-Scorsese (5 films) et se retrouvent à trois longueurs de la collaboration DeNiro – Scorsese (8 films). Le réalisateur sait tirer le meilleur parti de l’acteur sans nécessairement le faire jouer à contre-emploi ou au-delà de ses capacités et la star incarne parfaitement ses héros « cols bleus » vers lesquels gravitent Berg. En dépit de leur qualités les dernières collaborations du duo n’ont pas vraiment enflammé le box-office mais Netflix toujours à l’affût de noms prestigieux à associer à leur productions leur offre une nouvelle chance. Inspiré des personnages d’une série de polars de Robert B. Parker déjà à l’origine de la série télévisée des années 80 (Spenser: For Hire avec Robert Urich et Avery Brooks) Spenser Confidential est basé (très librement semble t-il) sur le roman Wonderland d’Ace Atkins (sélectionné par la succession de Parker pour continuer la franchise après la mort de ce dernier en 2010) et raconte les aventures d’un détective privé de Boston et de son acolyte Hawk pris dans une sombre histoire de meurtres, de policiers corrompus et de magouilles immobilières où l’on croise un mystérieux gang qui préfère la machette aux flingues..


Spenser (Wahlberg) est un flic de Boston, borné et bagarreur mais doté d’un sens aigu de la justice, condamné à cinq ans de prison pour avoir eu un échange trop musclé avec son capitaine qui avait l’habitude de battre sa femme comme plâtre. A sa sortie de prison il a le projet de se reconvertir comme chauffeur routier et loge le temps de sa formation chez son ancien entraîneur de boxe avec pour colocataire le protégé de ce dernier un combattant de MMA Hawk (Winston Duke) Quand son ancien capitaine est assassiné dans des circonstances sordides et qu’un policier intègre est accusé du meurtre puis retrouvé suicidé, Spenser suspectant une machination se lance dans une enquête pour l’innocenter et retrouver les coupables. On reconnait dans cette intrigue les tropes du polar hardboiled et des films des années 70 qui ont toujours fascinés Brian Helgeland (L.A Confidential , Payback , Mystic River) qui co-scénarise le film : les flics véreux, les gangsters, les magouilles immobilières, les intimidations auxquels ne manque que la femme fatale. Néanmoins en dépit de ces inspirations Spenser Confidential est plus un buddy-movie qu’un film noir pur sucre. Sa réussite repose sur les interactions entre Wahlberg, son partenaire Hawk, son mentor et son ex-petite amie exubérante incarné avec une belle énergie par la comique Iliza Shlesinger plus que sur les circonvolutions de son intrigue.


Mark Wahlberg qui joue ici à domicile au propre (il est originaire de Boston) comme au figuré avec cet archétype du héros Bergien le col bleu « qui fait le job » malgré le dédain que lui inspirent les bureaucrates ou les gradés, grande gueule, le coup de poing facile mais bon fond avec un profond sens de la justice. Sans sortir de sa zone de confort – et c’est sans doute le secret de sa longévité dans un écosystème hollywoodien où les stars ont disparues – Wahlberg ne téléphone jamais ses performances, il est impliqué, charismatique et a une palette de jeu suffisante pour donner du relief à son personnage. Il a la chance d’avoir une belle entente avec ses partenaires, indispensable dans un dispositif de buddy-movie. Winston Duke qui a débuté à la télévision (on se souvient de lui dans le rôle récurrent de Dominic le chef de gangs surdoué de la série Person of Interest) impose depuis quelques années au cinéma (Black Panther, Us) son personnage de colosse plus intelligent et attachant que sa présence massive laisse augurer. Il est ici encore une fois excellent dans son rôle de sidekick. On retrouve dans le film qui privilégie systématiquement les bastons dévastatrices à poings nus et les mandales généreuses aux armes à feu et dans la différence de stature entre les deux acteurs (1m73 pour Wahlberg, 1m96 pour Duke) un esprit qui rappelle les films du duo Terrence Hill et Bud Spencer. A 85 ans Alan Arkin (Argo) s’est fait le monopole à Hollywood de ces figures grand-paternelles un peu canailles et pince sans rires, il est à nouveau parfait ici en mentor du duo. Iliza Shlesinger, connue pour ses stand-up élève son personnage caricatural d’ex-copine énervante par l’énergie qu’elle y injecte, sa scène de sexe dans les toilettes d’un diner avec Wahlberg est sans doute la plus drôle du film. Le quatuor est entouré de solides seconds rôles comme cette vielle baderne de Michael Gaston (Leftovers et plus de séries TV qu’il serait possible de citer ici). Le film marque les retrouvailles vingt-deux après l’excellent The Big Hit de Kirk Wong entre Wahlberg et Bokeem Woodbine qui renoue une fois de plus avec ses rôles de partenaires peu fiables.


Si Peter Berg (un des chouchous du rédacteur de cette critique) maintient un bel équilibre entre la décontraction et l’action, dépeint avec aisance les communautés de Boston et les relations entre ses protagonistes, sa mise en scène est plus anonyme qu’à l’habitude. L’image manque de relief (malgré une nouvelle collaboration avec son directeur de la photographie fétiche Tobias A. Schliessler ) et l’ensemble à un aspect pilote de série que renforce sans doute la découverte du film sur Netfix. L’intrigue de Spenser Confidential ne justifie pas sa durée de presque deux heures, le film est trop long pour un buddy-movie d’action et sa trame pas assez dense pour un polar. Même si on suit avec plaisir ses personnages les clés du mystère étant révélées au deux tiers du film une conclusion plus rapide aurait donné plus de nerf au film. En dépit de ses défauts, Spenser Confidential est une série B pulp plaisante, un peu surannée (on pense également aux films de Burt Reynolds de la fin des 70’s) portée par d’excellents comédiens. On ne paierait sans doute pas pour la voir en salles mais trouve sa place dans les bonnes productions du service de streaming.

PatriceSteibel
6
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le 7 avr. 2020

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