L'adolescence s'achève, Peter Parker passe à l'âge adulte. À grand pouvoir grandes responsabilités disait Oncle Ben. Pour l'étudiant surbooké, c'est le moment de vérité : peut-il continuer sa double-vie ? Doit-il persister à sauver des vies en négligeant la sienne ? Les temps sont durs et Sam Raimi a beaucoup à dire sur le sujet. Spider-Man 2 vise plus haut et plus fort que le premier. Mission réussie.
Le cinéaste acclamé est en pleine possession de ses gros moyens (200 millions, 60 de plus que l'original). Loin d'envisager une suite comme une balade en pilotage automatique, Raimi décuple l'envergure des affrontements et assène plusieurs séquences tétanisantes. Durant ces moments de bravoures, le cinéaste convoque son expérience dans l'humour, l'action et l'épouvante. La naissance d'Octopus est un pur moment de délire horrifique quand l'incroyable confrontation ferroviaire joue au yo-yo avec les nerfs et l'estomac. Quelques plans vieilliront moins bien que d'autres mais dans l'ensemble, c'est un triomphe encore plus grand qu'en 2002. La supériorité de cette séquelle se retrouve également sur l'aspect intimiste.
L'araignée broie du noir et son moral affecte directement ses pouvoirs. Le script n'a pas besoin d'aller chercher plus loin, la métaphore suffit largement à cette salvatrice remise en question (l'apanage des milieux de trilogie). La plume est inspirée, notamment pour durcir la relation Parker/Osborn ou tout simplement Parker lui-même. Si Sam Raimi aime toujours bizuter son héros (la séquence d'ascenseur, poilante) c'est pour mieux l'accompagner dans ses instants d'introspection. Mine de rien, ce registre occupe la plus grosse portion de Spider-Man 2 et lui fournit de bien belles minutes. On frise la perfection ? Non, malheureusement d'autres choses l'en éloignent.
Alfred Molina apporte un charisme indéniable à Dr Octopus, Kirsten Dunst a un tout petit peu plus à jouer. Tout ça est vrai. Tout comme il est exact de dire que la structure de ce deuxième opus est calquée sur celle du premier. Le scientifique fou, l'histoire d'amour surannée, le final avec la dame à sauver. Si on les superpose, les deux œuvres sont beaucoup trop proches pour apporter de vraies surprises. Quelques variations s'ajoutent oui, mais il est regrettable que les moins bonnes choses se répètent. Sans altérer le succès de cet épisode central, elles l'atténuent néanmoins indéniablement, surtout que l'alchimie Maguire/Dunst n'a rien d'évident. Là où le Spider-Man inaugural conserve son avance, c'est dans les résolutions. La suite n'a de mieux qu'une confrontation tiédasse à fournir pour conclure la trajectoire de son antagoniste, le pire étant réservé au couple vedette.
Faute d'être un chef-d'œuvre, Spider-Man 2 rejoint la catégorie des suites meilleures que l'original, et ce même si elle a du mal à s'en défaire. Un divertissement haut de gamme qui sait affoler le palpitant et montrer de l'esprit. C'est souvent mieux que bien, parfois même super-bien.