Adapter une œuvre, quelle qu'elle soit, nécessite de respecter son univers, même en prenant quelques libertés. Ce film est très, très loin de la série d'origine, à tel point qu'il aurait dû s'assumer en tant que buddie-movie quelconque et s'appeler autrement (je propose "Bébert et Jeanjean jouent aux policiers").
Il y a deux problèmes majeurs qui indiquent que ni le scénariste, ni le chef déco n'ont vu la série (ou s'en moquent, ce qui revient au même).
Dans la série, David Starsky et Ken Hutchinson travaillent ensemble depuis 8 ans. Ici Bébert (le brun) et Jeanjean (le blond) se rencontrent - pourquoi pas raconter ce moment qui pourrait être intéressant. Starsky est un beau mec, trop sûr de lui mais qui sait quelle est sa place. Bébert est un paumé qui cherche à se faire sa place sans avoir de carrure ni aucun charme, à part celui de la maladresse et du ridicule. Hutch est un policier consciencieux, qui utilise une ironie souvent pince-sans-rire pour se blinder face au désolant des situations qu'il affronte. Jeanjean est un policier ripoux rigolard qui ne prend rien au sérieux, et pas toujours très malin. Huggy-les-bons-tuyaux est un pauvre petit black (aux USA, le racisme est une valeur forte) qui lutte pour se sortir de la rue, petites magouilles, petits commerces à la sauvette, petits boulots... Snoop est un gros riche imbu de sa personne qui se prend pour une star tête à claques.
Cherchez les points communs, y en a aucun.
Autre gros problème : la série Starsky et Hutch est littéralement tournée avec des bouts de ficelles : guest-star has been ou wannabe, lumières tamisées et souvent naturelles, musiques au rabais, décors sombres et qui respirent les bas quartiers, la pauvreté - voire parfois glauques. Chez Bébért et Jeanjean, l'image est lumineuse, clean, les décors sont dans la moyenne de ce qui se fait, ça pue le fric (y a même une histoire de yacht).
Cherchez les points communs, y en a aucun.
Ah si, il y en a un, mais il passe inaperçu auprès des néophytes : la série faisait presque toujours appel à des guests issus du mauvais cinéma pas cher, comme Charles Napier ou Richard Lynch (qui apparait deux fois, la première dans le pilote). Le film fait appel à un acteur issu de la même catégorie, Fred Williamson dans le rôle du Capitaine Dobey (une figure issue de la blacksploitation).
L'histoire de Bébert et Jeanjean est classico-classique pour un film bas de gamme made in USA. D'ailleurs, qui s'en souvient ? Ce film n'existe clairement que pour son statut d'adaptation, qui, on vient de la voir, est clairement usurpé.
Le film, conscient d'être un navet, tente de raccrocher les wagons en invitant David Soul (décédé en 2024) et Paul Michael Glaser (les acteurs originaux de la série) pour sa dernière scène. Le clin d’œil à faire sortir la rétine est agréable, mais ne rattrape rien.
"Pourquoi se désaltérer dans un ruisseau croupi quand on peut boire à la source" ? Préférez la série, qui a certes vieilli mais qui est mille fois mieux que ce navet.