Sur fond d'escalade des violences urbaines et sociales, et de prophéties du passage au nouveau millénaire, Kathryn Bigelow nous entraîne dans un récit d'anticipation pessimiste qu'on jurerait sortir de l'imaginaire de K. Dick. Dans un futur proche pré-dystopique, où les influences cyberpunk et le rythme haletant confèrent un vrai sentiment de chaos à l'œuvre, Ralph Fiennes y incarne un ex-flic donnant dans le trafic de réalité virtuelle, et se retrouvant dans le collimateur d'un tueur qui lui envoie ses enregistrements pervers. Bénéficiant d'une réalisation bluffante, notamment pour les plans séquences subjectifs, l'intrigue se dévoile par étape, connectant différentes strates d'un scénario culminant en un climax intense. Derrière ce thriller noir de science-fiction, Bigelow étaye ainsi une critique sociale, mais aussi technologique, du fait de vivre par procuration. Strange Days est un de ces films trop peu connus mais précurseurs, et incroyablement sombre dans ses propos et thèmes majeurs, habilement mis en scène dans une réelle ambiance de fin du monde.