Chier ouvertement sur une licence, c'est tout un art
Depuis ses débuts en tant que réalisateur, Pierre Morel n’a su que nous surprendre, réalisant pratiquement les seules bonnes dernières productions d’Europa Corp. Il nous avait d’autant plus collé une gifle avec Taken en 2008 montrant réellement son talent en matière d’action. De son coté Olivier Megaton n’a fait que nous décevoir, finissant d’enterrer Le Transporteur et n’arrivant même pas à nous effleurer avec Colombiana. Ici il crache ouvertement sur la réalisation de Pierre Morel.
Difficile de jouer la surprise, quand on sait que Megaton est avant tout un réalisateur de clips et que ces productions dans le domaine du cinéma ont été pour les plus connues des ratés cuisants. Ici la suite de Taken prend malheureusement le même pli sous le poids d’une réalisation prétentieuse essayant de mimer ce que Paul Greengrass à pu faire dans la saga Bourne, sans jamais l’atteindre, le tout monté de façon à toujours essayer de nous faire croire qu’il se passe quelque chose à l’écran. Un montage épileptique qui se pose dès le départ avec un générique raté qui ne parvient même même pas à poser une quelconque ambiance malsaine. Ici le côté intimiste, presque silencieux du premier volet est troqué pour de l’adrénaline de synthèse avant que l’on retrouve la petite famille Mills. Malheureusement même ici, malgré tout le talent de Liam Neeson, difficile d’y croire vu que celui à troqué sa paranoïa contre un côté tendre moins flatteur.
S’ensuit un voyage surprise à Istanbul ou le père de l’ancien torturé, Marko de Tropoja, décide avec l’aide de tout ses acolytes, de se venger de la mort de son fils. Taken 2 n’est donc rien de plus qu’une histoire de vengeance histoire de mettre à profit les impressionnantes capacité du héros. La vraie force du premier volet disparait donc vu que toute la montée en puissance de la violence, cette descente dans le milieu sordide de la traite des blanches qui était si particulière est ici effacée. Comme tout ce qui aurait pu d’ailleurs faire du tort au film car vous ne verrez aucune trace de sang, aucun impact de balle dans un mafieux, jamais rien qui ne puisse choquer le jeune spectateur venu chercher sa dose d’adrénaline en attendant le prochain Call Of Duty.
N’oublions pas non plus que Megaton n’est pas le seul acteur de cette destruction car Luc Besson est à la charge du scénario et comme à son habitude, il démontre un véritable talent à faire dans le cliché, l’incohérence et la connerie. Cette suite se retrouve donc affublée d’un scénario d’une rare bêtise à base de méchants albanais idiots et d’intelligents américains qui arrive à se repérer par la détonation d’une grenade lancée en plein jour depuis une chambre d’hôtel. Seule la scène de conduite accompagnée entre Liam Neeson et sa fille dans les rues d’Istanbul est convaincante, offrant enfin du rythme à une pellicule complètement plate et sans intérêt.
Bref Taken 2 est encore la preuve parfaite que chez Europa, lorsque l’on détient une licence très juteuse, on ne la lâche pas, quitte à la dénaturer complètement de son propos initial pour une en faire une machine à fric sans le moindre intérêt et qui aura été déjà vu cent fois auparavant. Réalisation illisible, casting mal dirigé, scénario d’une rare bêtise, cette suite amasse les défauts malgré tout l’intérêt qu’on pouvait porter au premier volet. Le pire étant peut-être qu’avec cette constante absence de tension, l’ennui s’installe fortement jusqu’à donner envie de sortir de la salle lors de la confrontation finale totalement minable. Comme le dit si bien Brian Mills : “je suis fatigué de tout ça”, et je pense qu’on peut s’exclamer de la même façon devant le travail d’Europa.