ATTENTION SPOILERS
Tesis intrigue. Tesis secoue. Tesis prend aux tripes. Tesis prend surtout un malin plaisir à bousculer son personnage principal, et son spectateur, au cours d'un thriller brillant sur fond d'enquête sur les snuff movies. Cet univers malsain restera longtemps en arrière plan. Des images que l'on devine choquantes, on n'entendra dans un premier temps que les cris déchirants de la malheureuse victime. Puis quelques images en noir et blanc, avant que les choses sérieuses ne commencent. C'est l'aspect thriller qui retient l'attention, profondément enchassé dans un véritable triangle amoureux dans lequel le comportement de ses acteurs : intrusion, surveillance, pression psychologique, attitude ambigue... n'aurait pas laissé un Brian De Palma insensible.
Alejandro Amenabar multiplie ensuite les fausses pistes où, tour à tour, chacun sera désigné coupable, en cela confirmé par des attitudes troubles, des réactions équivoques ou des "preuves" soi disant irréfutables. Si Anna Torrent livre une prestation remarquable, c'est Eduardo Noriega qui retient l'attention, tant son jeu met en lumière sa duplicité de démon implacable caché sous les atours d'une beauté hautement virile, de la finesse de ses traits et de la douceur de son regard.
Mais alors que la fin classique se déroule, les toutes dernières secondes du long métrage mettent mal à l'aise en renvoyant littéralement à la gueule du spectateur ses penchants voyeuristes pour la violence et la satisfaction de ses plus bas instincts. Ce qui n'était qu'une métaphore jusqu'ici fait sens quand toutes les séquences malsaines, les déclarations de certains personnages et la forme du film se rassemblent soudain. Il n'est en effet pas innocent que l'intrigue prenne place et se développe dans une fac de cinéma et qu'un de ses professeurs exhorte ses élèves à donner au public ce qu'il désire, tout en qualifiant le cinéma d'industrie. Il en est de même quand on revoit la première scène filmée de manière subjective à travers les yeux de l'héroïne (et du public), d'abord révulsée mais ne pouvant résister à l'idée de voir un corps ensanglanté sur les rails du métro. L'hypocrisie ultime d'une présentatrice d'émission sensationnaliste, annonçant d'une voix enjouée la violence tout en la légitimant par "son intérêt journalistique évident" n'en est que plus révoltante.
Triste constat.