Qu'est-ce qui caractérise un auteur au-delà de ses thèmes étudiés ? Sa patte évidemment. Rares sont les grands auteurs qui peuvent se targuer de faire des films aussi personnels, dont le moindre plan nous renseignerait aussitôt sur son créateur. Wes Anderson fait indéniablement partie de ceux-là. Ses films insolites et excentriques en font un genre à lui tout seul. Avec The Grand Budapest Hotel il atteint peut-être le paroxysme de son cinéma, en tout cas son film le plus abouti.


Lorsque le concierge du Grand Budapest Hôtel, Mr Gustave, hérite d'un tableau d'une valeur inestimable de la part de feu sa maîtresse, les réactions de la famille défunte ne se font pas attendre. S'ensuit alors une immense course-poursuite dans les hauteurs de Zubrowka, province fictive d'Europe de l'Est. Le film se déroule sur trois époques différentes et nécessite trois narrateurs. Compliqué ? Non, plutôt très inspiré. Ce qui aurait pu ressembler à un joyeux bordel se révèle parfaitement organisé.
Dans son grand hôtel le réalisateur américain a pu convier un casting de choix. Près d'une vingtaine de stars parmi les meilleurs acteurs du moment se sont empressés pour réserver une chambre dans l’œuvre de Wes Anderson. Distribution cinq étoiles rime souvent avec catastrophe annoncée, chaque acteur doit avoir sa petite scène et le film devient très vite étouffe-chrétien. The Grand Budapest Hotel évite majestueusement le naufrage grâce à une narration travaillée au millimètre. Cette singulière aventure fait intervenir un vingtaine de personnage qui font tous avancer l'histoire d'une manière ou d'une autre. Anderson évite ainsi ce qui aurait pu ressembler à une succession de caméo inutile.
Mais la plus belle surprise de ce Grand Budapest Hotel est de retrouver le Wes Anderson que l'on connaît dans son film le plus abouti. Cette œuvre est une prouesse de réalisation, entre prises de vues réelles, stop-motion et animation. Le plus hype des cinéastes fait se mouvoir ses nombreux personnages dans son décor de train électrique chic et coloré. Il suffit d'un plan du film ou d'une note d'Alexandre Desplat pour savoir que l'on se trouve chez le Grand Anderson's Hotel, signe d'une œuvre aussi personnelle qu'unique.


Aidé par son plus fidèle allié, Zero, un lobby-boy à qui il apprend son métier et sa philosophie, Mr Gustave est le témoin d'un monde en mutation. Avec The Grand Budapest Hotel Wes Anderson nous montre aussi son côté Stefan Zweig, le film étant teinté d'une mélancolie annonçant la barbarie et les jours noirs à venir sur l'Europe. Un véritable conte que Wes Anderson a su sublimer par l'image.
JimAriz
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le 5 mars 2014

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