Poison Girl
Bon allez, pas d’introduction bien tournée pour cette fois, pour éviter toute confusion et parce qu’on colle des procès d’intention au film pas tout à fait pertinents, je vais commencer par quelques...
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le 8 juin 2016
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Je partais bien motivée, ayant aimé d'autres de ses films à l'ambiance flottante, densité cotonneuse avare de mot, et cela commençait bien à vrai-dire jusqu'à... la lassitude, sentiment de vacuité, répétition, martelage, pulsation des triangles, construction de géométrie lumineuse, exactement la migraine oculaire.
Quand on le compare à Lynch, là, je m'insurge! Oui, certaines images m'ont frappé par leur similitude, des cadrages, un rideau qui s'écarte et la bande-son(bien sur), allant du chuchotement inaudible à la musique tonitruante noyant les conversations. Oui, c'est à la manière de... La forme est copiée mais pas le fond. J'adore Lynch, il a la capacité de nous entrainer dans ses visions, abandonnant la nécessité de la réflexion, de façon subjective, guidés par la sensibilité, parce qu'il se dévoile lui-même, il expose son intimité sans compromis. On aime ou pas, mais les images, les sons, rien n'est gratuit ou seulement aguicheur chez Lynch, son langage trouve un écho dans les profondeurs de nos fantasmes, il est la forme authentique extirpée des rêves et de l'inconscient, dénuée d'enrobage à la mode, personnel et sans concession.
Bien installée dans le film, solidement armée de bonne volonté(et ça ne commençait pas si mal!), il est arrivé un moment mystérieux où une voix s'est mise non pas à crier, mais à affirmer: " Tu peux arrêter d'essayer maintenant, y'en a marre, regarde le film avec tes yeux!". Alors j'ai arrêté. Il n'y a peut-être rien derrière ce film à quoi se raccrocher: les symboles posés ça et là ostensiblement, les flashes oniriques ponctuant la réalité violemment superficielle me repoussaient au lieu de m'emballer, je me suis vue forcée d'avaler un interminable clip publicitaire, à l'esthétisme maniéré et clinquant, pulsations hargneuses de lumière et de bruit, maquillant l'inconsistance du sujet: factice et cérébral, tout sonne creux (alors que tout en Lynch est viscéral, passionné et courageusement franc, l'écho de nos démons et merveilles!).
Non, il n'y a peut-être rien derrière ce film, comme je le soupçonne de plus en plus vivement. A un moment, je me suis demandé: mais de quoi on me parle? De beauté? Soit! Ils n'ont que ce mot-là à la bouche, alors je vais essayer d'y croire, d'adopter l'a-priori selon lequel les mannequins sont les plus belles femmes du monde. Mais comment trouver la beauté ou l'idée de la beauté à travers ces couches épaisses de fard, de sophistication à l'excès, de misogynie répugnante? Que du clinquant, de l'artificiel, des clichés. Les mannequins comme leur nom l'indique sont des objets qu'on s'approprie, qu'on façonne pour en faire des porte-manteaux. Selon moi la beauté est vie et émotion, elle nous transporte, nous ouvre au monde, dilate l'âme et inspire l'esprit, et surtout elle ne génère pas de notion d'appropriation, elle est ce qu'on perçoit par moment comme un cadeau. Merci à la beauté de se manifester mais pas ici.
Passons sur la beauté, reste la mode. Le film dans sa forme en est l'illustration, un défilé outrancièrement putassier, futile et prétentieux, aguicheur et agaçant... OK là, ça colle! J'ai compris. Pas besoin de me le marteler sur la longueur, c'est aussi creux qu'un maquillage sur un masque dissimulant une banalité sans grand intérêt: de l'évolution d'une jeune fille belle et pure dans le milieu de la mode... Et ce qui devait arriver, arrive, hélas! prévisible mais incongru, amené de façon artificielle, déplacée( nous lorgnons alors du côté de l'horreur, le fantastique gothique italien à la Bava ou Argento, femmes vampires se baignant dans le sang des jeunes vierges), comme un cheveu sur la soupe et le propos du film déjà sérieusement bancal finit de s'effondrer. Les scènes censées choquer, censées être subversives, nécrophilie puis cannibalisme (imaginez d'élégants mannequins s'entredévorant, ça peut émoustiller la libido!), surviennent comme des coups de poing dans l'eau, de façon tellement ostensibles qu'elles manquent leur but. Déjà gavé de lumières au néon, de métaphores cinglantes et de hurlements techno, au bord de la nausée, overdose de fond de teint et de chirurgie esthétique, on ne peut plus éprouver que de l'indifférence et de la lassitude, blasé devant ces scènes qui... quoi? Censées dire quoi? La perfection est figée comme la mort? La beauté est au-delà des apparences, donc on l'ingurgite? la beauté est un produit de consommation?
Banal et prévisible, caricature de lieux communs, dont les excès esthétiques cherchent vainement à masquer le vide et l'auto-satisfaction, on peut y trouver quelques pointes d'humour à la fin, mais c'est quand même bougrement misogyne et réducteur.
Créée
le 13 sept. 2017
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