On est un peu comme des amoureux écartelés entre la Terre et l'espace.
Makoto Shinkai, surnommé « le nouveau Miyazaki », s'était illustré avec un court métrage, She and Her Cat, ce qui lui permis d'avoir les moyens nécessaires afin de pouvoir atteindre le moyen métrage. Dans cette aventure sur l'amour impossible, et de surcroîts platonique, notre bonhomme nous plonge dans un futur où la Terre est en guerre contre une race extra-terrestre. Pour une fois, ça n'est pas l'homme qui part au combat, mais la femme, venant appuyer le côté moderne de l'auteur, qui viendrait d'ailleurs presque également tenir la comparaison avec un Katsuhiro Otomo. Comparaison dans la forme, car comme celui-ci il aime la hightech et les mechas, mais dans le fond on retrouve quelque chose de bien plus intimiste comme seul l'auteur auquel il est en général comparé sait nous en servir. Visuellement ça sent le chara-design standard, mais c'est davantage dans le texte, les situations, et les plans que l'homme arrive à imposer une sphère émotive hautement maussade et poignante. C'est d'ailleurs dans sa mise en scène et son soucis du détail qu'il excelle, rendant chaque instants de cette courte histoire aussi émouvants que possible. Ça se passe dans le futur avec des emails qui mettent des années à traverser la galaxie, mais ça n'est qu'un argument pour suivre une mode, car ça aurait très bien pu se passer à l'époque féodale avec du courrier transporté d'un continent à l'autre.
Bref, The voices of a distant star est une œuvre intimiste, sentant presque le vécu, ou alors une peur de l'auteur d'être séparé de sa chère et tendre, Mika Shinohara (avec laquelle il a doublé les protagonistes).
Des débuts prometteurs, une histoire un peu usée mais pourtant traitée intelligemment de façon à la rendre plus efficace, et malgré des premières minutes qui nous bombardent d'informations afin de nous faire comprendre le contexte des événements, l'ensemble s'avère passionnant. Nous n'irons peut-être pas jusqu'à parler de chef-d'œuvre, car si Shinkai sait comment mettre en place une atmosphère unique, son choix de placer l'ensemble dans un futur où se livrent des combats spatiaux lui renvoie un boomerang peu flatteur. En effet, ces instants sont pour la plupart confus, sans intérêt, et hormis un design bien senti des aliens, on sent une vision un peu démesurée, ce qui vient entacher la multitudes de plans charmeurs d'un Japon où le bien-aimé se morfond en attendant année après année un message de sa belle.
A noter également un paquet d'erreurs sur les écrans de contrôle, qui affichent des fois « UNTILE »; c'est mineur, mais dommage que personne n'ait eu le niveau requis en anglais pour s'en rendre compte (on retrouvera d'ailleurs le même « syndrome » dans La tour au-delà des nuages).
Pour conclure, si l'envie de découvrir un auteur prolifique de la nouvelle vague de la japanimation vous intéresse, cette courte production vous permettra de vous familiariser en douceur avec Shinkai, avant d'attaquer ses longs-métrages. Les moins friands du genre pourront toujours se laisser tenter, ne serait-ce que pour le côté enchanteur de cette fable sentimentale futuriste, qui dans les grandes lignes, ressemblerait au chainon manquant qui faisait cruellement défaut à Starship Troopers.
Mention spéciale pour Makoto Shinkai, qui avec les moyens du bord a réussi à livrer quelque chose tenant la route sur la plupart de ses points, et est sans aucun doute la mise à l'épreuve qui lui aura permis de passer à des durées bien plus longues.
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