Ce drame historique sur l'occupation française pendant la seconde guerre mondial dresse le portrait d'une femme, Marie Latour qui, pour avoir aidé à avorter d'autres femmes, soit enceintes de SS ou soit par accidents et pour avoir également loué sa chambre à coucher à des prostituées, fut condamné à la peine de mort.
En adaptant librement le roman éponyme de Francis Szpiner, le réalisateur français Claude Chabrol livre ni plus ni moins qu'un pur film de femme(s). Qu'elles soient chanteuses, prostituées ou femmes au foyer courageuses, celles-ci apparaissent comme demeurant les seules et uniques espoirs emplis de courage et de bonté dans un monde en décrépitude, dans lequel les hommes, parti affronter les horreurs de la guerre, ne semblent plus être que l'ombre d'eux-même; à l'instar du mari de Marie Latour, Pierrot (François Cluzet), dont l'apitoiement personnel, le machisme naturel et la jalousie naissante ont fini par l'éloigner de sa femme, ne voulant plus de lui.
Dans cette France occupée dans laquelle l'homme semble avoir perdu tous points de repères, les femmes s'affirment, prennent les devants, et ce à leurs risques et périls. Marie Latour, femme forte et courageuse s'il en est, n'a pas peur d'affronter l'horrible réalité qui s'offre désormais à elle et à ses concitoyennes. Et même quand elle se retrouvera face à face avec la mort elle-même, elle continuera à garder la tête haute.
Pour incarner ce personnage de femme forte et courageuse, le choix de Chabrol s'est porté sur Isabelle Huppert, par ailleurs son actrice fétiche. Un choix on ne peut plus normal, une fois qu'on a vu le film.
En effet, très loin de ses personnages de femmes froides et détestables qu'elle s'amuse à incarner chez Haneke ("La pianiste") ou chez Verhoeven ("Elle"), Huppert incarne avec un naturel désarmant et un charisme puissant cette femme au destin tragique. Tour à tour amusante, touchante et poignante (cette facilité que possède la comédienne pour pleurer naturellement force l'admiration) et optant pour un jeu juste et dépouillé de tout effets de style façon "Actor's studio" (vouloir faire plus vrai que vrai), Isabelle Huppert est tout simplement merveilleuse, le tout filmé par un Chabrol qui semble faire entièrement confiance à sa comédienne, sans pour autant la laisser en totale roue libre afin d'éviter tout effet de cabotinage.
Outre Huppert, citons également François Cluzet, dans un rôle que l'on peut aisément qualifier de "contre-emploi" (le mari lâche, jaloux, n'ayant désormais plus rien d'autre d'un homme que son apparence physique), lui aussi très convainquant.
Au final, "Une affaire de femmes" fait donc office de référence dans l'oeuvre de Claude Chabrol, offrant non seulement à son actrice fétiche l'un de ses plus grands rôles, et montrant également avec justesse, réalisme et noirceur, l'image d'un monde perverti par l'intolérance et les ravages des régimes totalitaires, symbolisé ici par l'occupation française.